Ce W-E allez faire la Fête avec l'humanité !

Publié le par Laute Alain

C'est la fête !

C'est la fête !

Du coeur pour faire la fête, allez-y !Du coeur pour faire la fête, allez-y !

Du coeur pour faire la fête, allez-y !

À la Fête de l’Humanité,

 

la fraternité qui désarme la haine

 

Adrien Rouchaleou avec Gérald Rossi, Lola Ruscio et Lionel Venturini

Jeudi, 8 Septembre, 2016 L'Humanité

Si la Fête de l’Humanité n’est ni un simple festival, ni une université de la gauche, elle le doit à son ambiance qui se résume en un mot : fraternité. Un mot qui va résonner cette année davantage encore, pour contrer le piège tendu par le terrorisme et ceux qui l’instrumentalisent pour diviser.

«L’été a été long… Mais ça y est, enfin ! » Sous le barnum de la section du PCF du 20e arrondissement de Paris, sous la grisaille de ce dimanche, au cœur du parc départemental Georges-Valbon à La Courneuve, ces paroles de Guillaume, la trentaine, surprendraient quiconque ne sait pas ce qui se prépare ici. Mais Guillaume est un militant communiste, et pour lui, depuis des années, en septembre, la rentrée rime avec Fête de l’Humanité.

Et il est vrai que, pour un militant de gauche, cet été 2016 aura été particulièrement long et pénible. Malgré la renaissance d’un mouvement social massif au printemps, le gouvernement a imposé sa loi El Khomri au Parlement en juillet. Le terrorisme a une nouvelle fois frappé Nice le jour de la fête nationale et, dans la foulée, une nouvelle flambée de populisme et de messages de division, y compris de la part des autorités de l’État, jusqu’à cet absurde débat sur la laïcité appliquée aux tenues de bain. D’où l’impatience de voir s’ouvrir enfin ce jeudi soir cette Fête, qui, pour ne pas être hors du monde et du temps, reste néanmoins préservée de cet air mauvais qui caractérise l’époque.

La Fête de l’Humanité, « c’est un lieu où nous pouvons nous ressourcer. Pendant trois jours, nous sommes dans un autre monde », se réjouit par avance Pascale Heurteux, secrétaire générale de l’union locale CGT du 10e arrondissement de Paris. Un autre monde, au sens où y règnent la fraternité et la convivialité que l’on peine à trouver… mais de plain-pied dans les luttes du « vrai » monde pour parvenir à le changer. C’est le sens de ce qu’affirmait, le mois dernier, Patrick Le Hyaric, député au Parlement européen et directeur de l’Humanité : « Cette année, avec les crimes de masse atroces qui endeuillent régulièrement notre pays et bien d’autres en Europe et dans le monde, plus que jamais le besoin de se retrouver ensemble apparaît comme une nécessité, comme une réponse à ces fanatiques qui rêvent de nous diviser, de nous jeter les uns contre les autres. »

S’il en est un que les drames de l’année ont touché de près, c’est Hubert Wulfranc. À la suite de l’assassinat du père Hamel, le 26 juillet, la France découvrait sur ses écrans le visage brillant de larmes et le verbe touchant du maire communiste de Saint-Étienne-du-Rouvray. L’élu connaît bien les allées du parc de La Courneuve : « La Fête de l’Humanité est un incontournable rendez-vous de la fraternité, un grand rendez-vous de débats solidaires, mêlant des gens de toutes origines ; elle est cette année plus encore la fête de la vie. » Comme un symbole, Hubert Wulfranc viendra cette année avec les bijoux d’Elsa Triolet offerts par Aragon à sa commune, pour les exposer au public de la Fête dans la halle Léo-Ferré : « Cette exposition souligne ainsi que la culture, l’ouverture sur les autres, fait partie de la vie, du partager, du vivre-ensemble, à l’opposé du terrorisme de la bêtise et de la méchanceté. »

C’est une Fête qui se manifeste dans la diversité

« Il faut que l’on soit fort par rapport à tout ce qui arrive en ce moment, on est plus fort tous ensemble », affirme Pascale Heurteux, qui, tout au long de l’année, s’engage pour les droits des sans-papiers. Tous ensemble dans la plus grande diversité : « À chaque fois que je me rends à la Fête de l’Humanité, je suis frappé d’avoir affaire à une Fête populaire au sens du peuple dont parlait Jules Michelet, constate le psychanalyste Roland Gori. C’est-à-dire pas simplement le prolétariat, mais l’union de ses forces vives dans la participation aux forces productives. C’est une Fête qui se manifeste dans la diversité, elle témoigne de ce que j’appellerais une créolisation des cultures, des groupes sociaux, au moment où la globalisation tend à homogénéiser au contraire. » Alors que, de plus en plus, cette diversité est présentée comme suspecte, dans l’enceinte de la Fête, c’est tout le contraire, pour le psychanalyste à l’origine du lancement de l’Appel des appels, en 2008, pour fédérer des professions dont le sens même était menacé par les réformes néolibérales. « Il y a énormément de monde à cette Fête, et pourtant on y a le sentiment d’une certaine sérénité, sans les angoisses habituellement liées à la foule, explique-t-il. C’est plutôt des gens qui se parlent, qui sont solidaires, qui sont ensemble. Un antidote à une hégémonie culturelle qui passe par une conception étroitement déterminée du sujet humain. » Le philosophe Jean-Paul Jouary, qui participera vendredi à un débat autour du sujet de la démocratie à l’agora de l’Humanité, abonde : « La diversité sociale, culturelle et politique de la Fête est un élément fondamental pour poser le socle d’une autre société. Ces rencontres, à grande échelle, permettent que les citoyens reprennent les choses en main sur ce qui les concerne », estime-t-il, à l’inverse de « la tendance qui est d’écraser le débat public sur les questions majeures ».

L’ambiance est toujours profondement joyeuse

Débattre dans un espace dédié à la Fête, est-ce bien sérieux ? « La dimension festive de la Fête est aussi propice à impulser une nouvelle dynamique, analyse Jean-Paul Jouary. L’ambiance est toujours profondément joyeuse. Ce climat favorise les échanges pour aller plus loin dans la pensée, même chez des personnes qui ne s’y attendent pas, ils peuvent intérioriser tel ou tel moment ou pensée. » Pour Sylvie Jan, secrétaire de l’association France Kurdistan, qui a son stand à La Courneuve, la fraternité n’est pas un vain mot. Elle abonde : « Non seulement les trois jours de la Fête permettent de renouer dans des actes concrets les fils de la solidarité, mais cette dynamique, à l’opposé des tensions que nous subissons tous, redonne du souffle, de la force collective, nous pousse à imaginer ensemble d’autres lendemains. En résumé, la Fête nous amène à rêver éveillés. »

Ce souffle de fraternité peut porter bien au-delà de La Courneuve. « Nous allons lancer dans notre stand au village du monde une campagne de sensibilisation dénommée “Stop Erdogan”, pour dénoncer les actes et la folie meurtrière du président turc. Nous savons que ce rendez-vous de solidarité populaire va courir jusqu’aux oreilles de nos amis qui subissent cette forte répression », assure Sylvie Jan.

On peut aussi s’engueuler dans la bonne humeur

Mais la fraternité se construit aussi dans les luttes. Et, à ce titre, Pascale Heurteux attend avec impatience de retrouver ses compagnons de bataille : « Face à la férocité du patronat et du gouvernement, ça fait du bien de se retrouver avec des militants et ceux que l’on croise en manifestation. En somme, ceux qui ont l’espoir d’un monde meilleur. » Croisée du côté de l’espace Seine-Saint-Denis, Manuela va encore plus loin : « Sur cette Fête, j’aime aussi trouver des gens avec lesquels je ne suis pas d’accord. C’est bizarre mais ici, on peut aussi s’engueuler dans la bonne humeur. Bien sûr, si (le président du Medef) Pierre Gattaz ou (le premier ministre) Manuel Valls se pointaient, il ne faudrait pas qu’ils s’attendent à avoir le même accueil que (le secrétaire général de la CGT) Philippe Martinez, mais je suis sûre qu’ils n’auraient pas de difficulté à se faire offrir un verre dans un stand… » C’est cela, dans le fond, la Fête de l’Humanité.

 

Publié dans Politique

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