Gaulois d'opérette

Publié le par Laute Alain

Dessin de KARAK

Dessin de KARAK

Sarkozy, Gaulois d’opérette

 

Lionel Venturini Mercredi, 21 Septembre, 2016 L'Humanité

Le candidat à la primaire ressert, à l’appui des divisions dela société, une histoire mythifiée.

Une fois encore, Nicolas Sarkozy travaille le thème de l’identité jusqu’à plus soif. À Franconville (95) lundi soir, « nous ne nous contenterons plus d’une intégration qui ne marche plus, nous exigerons l’assimilation », promit-il à ses électeurs. « Dès que vous devenez français, vos ancêtres sont gaulois. J’aime la France, j’apprends l’histoire de France, je vis comme un Français, doit se dire celui qui devient français », a-t-il ajouté. En écho à ses précédentes déclarations, le candidat à la primaire de la droite emboîte le pas de Marine Le Pen, elle aussi férue d’histoire simpliste, déclarant en 2012 que « tous les enfants de France ont pour ancêtres les Gaulois ».

La Gaule, une fiction géographique

Qu’importe la stupidité historique du propos, très vite dénoncée par des historiens, comme Mathilde Larrère, expliquant que « la Gaule est une fiction géographique créée par les Romains, les Gaulois une fiction de peuple elle aussi créée par les Romains ». Le nom même de Gaule est celui donné par l’envahisseur romain, face à des peuples se définissant… comme celtes. Les Gaulois dont parle Sarkozy sont un ensemble de tribus qui s’affrontent, certaines s’allieront même avec Jules-César contre Vercingétorix.

Mais Sarkozy fait-il réellement de l’histoire ? De la politique plutôt, en reprenant à son compte un récit national mythifié, lui-même construction du XIXe siècle pour servir l’édification d’un sentiment national exporté jusque dans les colonies. Il n’est pas le seul à droite, François Fillon, un rival à la primaire, déplorait cet été que « de jeunes Français ignorent des pans de leur histoire ou, pire encore, apprennent à en avoir honte ». À rebours, un autre rival, Bruno Le Maire, tempérait tout en restant dans le même registre des origines : « J’ai un grand-père pied-noir, j’ai une arrière-grand-mère brésilienne, j’ai une mère qui est toulousaine, j’ai un père né à Paris, et je me sens avec toutes ces racines pleinement, entièrement, français. »

Par le biais de l’histoire et de l’école, c’est bien sûr de l’islam en France qu’il est encore question. Avec comme avantage collatéral de proposer aux Français le récit d’un passé glorieux, tout en encourageant l’idée d’une citoyenneté à deux vitesses. Spécialiste de didactique de l’histoire, Laurence De Cock rappelle que c’est encore Sarkozy qui en 2008 « remet les Gaulois dans les programmes de primaire de façon caricaturale. On est en plein débat sur l’identité nationale. Les enfants de 7 ans devaient pouvoir placer Vercingétorix sur une frise ».

 

Publié dans Politique

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