L'Europe dirigée par des crapules, juncker, Barroso...

Publié le par Laute Alain

Emily O'Reilly la médiatrice de l'Union européenne, vise Juncker et l'inéffable Barroso.

Emily O'Reilly la médiatrice de l'Union européenne, vise Juncker et l'inéffable Barroso.

Barroso à Goldman Sachs:

Juncker sommé de s’expliquer

7 septembre 2016 | Par Ludovic Lamant Mediapart

La médiatrice de l’Union européenne, interrogée par Mediapart, monte au créneau pour exhorter le patron de la commission européenne à rendre des comptes, après l’embauche de José Manuel Barroso par la banque d'affaires Goldman Sachs. À Bruxelles, le front de la contestation se précise.

Après les protestations d’eurodéputés, d’activistes ou encore de fonctionnaires européens tout au long de l’été, c’est au tour de la médiatrice de l’UE d’exiger des comptes à la commission de Bruxelles sur ce qu’il convient désormais d’appeler « l’affaire Barroso ». Dans une lettre transmise le 6 septembre au patron de la commission européenne Jean-Claude Juncker, Emily O’Reilly regrette que l’exécutif européen n’en ait pas fait assez pour s’assurer du bien-fondé de cette embauche sulfureuse.

« Il n’est peut-être pas suffisant de dire que le “code de conduite” a été respecté. Ce n’est pas juste un exercice où l’on coche des cases, si vous voyez ce que je veux dire. On parle d’un ancien dirigeant de premier plan de l’Union », explique O’Reilly à Mediapart. « Il n’est pas possible de dire, d’un côté, que l’on est très inquiets du désamour dont souffre l’Europe auprès des citoyens, et de l’autre, assurer que tout est en ordre, que tout est nickel, côté procédure [avec l’embauche de Barroso par Goldman Sachs – ndlr ]», poursuit l’Irlandaise.

Le Portugais a défrayé la chronique le 8 juillet, en annonçant qu’il rejoignait la banque d’affaires américaine, par laquelle sont déjà passés plusieurs dirigeants européens, dont les Italiens Mario Draghi et Mario Monti. L’ancien président de la commission (il a effectué deux mandats, de 2004 à 2014) est censé conseiller, depuis Londres, le géant de Wall Street sur les conséquences du Brexit. Cette embauche a ravivé les inquiétudes sur le pouvoir du lobby financier à Bruxelles.

Face au scandale, l’actuelle commission se contente de répéter (comme elle l’avait déjà expliqué à Mediapart dès le 8 juillet) que l’embauche est légale, puisque le fameux “code de conduite” interne à la commission – qui oblige l’exécutif à valider les embauches des anciens commissaires, au cas par cas, et bloquer d’éventuels conflits d’intérêts – s’applique seulement lors des 18 mois suivant le départ du commissaire en question. Or, Barroso était déjà parti depuis vingt mois lorsqu’il a choisi de rejoindre Goldman Sachs. Circulez, tout est en ordre, juge la commission.

Ce n’est manifestement pas l’avis de la médiatrice européenne, une ancienne journaliste, qui juge l'argumentation un peu courte. Cette figure, peu connue hors de la « bulle » bruxelloise, est nommée par le parlement européen pour enquêter, à son initiative ou lorsque des citoyens la sollicitent, sur d’éventuels cas de « mauvaise administration » au sein de l’UE. Au fil des années, « l’Ombudsman », comme on le surnomme, s’est spécialisé dans la dénonciation des conflits d’intérêts et de l’opacité de la machinerie bruxelloise.

Dans sa lettre, Emily O’Reilly veut d’abord savoir si, et comment, les services juridiques de la commission se sont assurés de la conformité de l’embauche avec l’article 245 des traités. Ce passage précise que les anciens commissaires doivent respecter « les devoirs d’honnêteté et de délicatesse », bref d’intégrité, par rapport à leur fonction, tout au long de leur carrière. Elle plaide également pour une révision du “code de conduite”, pour en finir avec l'application d'une période de transition (la « cooling-off period », dans le jargon).

« Certains recrutements resteront problématiques, même après une transition de 18 mois ou plus. Il pourrait donc être plus judicieux de procéder, de la part de la commission, à un examen au cas par cas, qui intégrerait l’ensemble des dimensions (des recrutements), et pas uniquement le temps qui s’est écoulé depuis le départ » de la commission, avance O’Reilly dans sa lettre. En réaction à l’affaire Barroso, de nombreux eurodéputés plaident pour une extension de la « cooling-off period » à au moins trois ans.

La médiatrice attire l’attention sur un dernier point sensible. Alors que Barroso est censé conseiller Goldman Sachs sur l’après-Brexit, il se trouve que c’est l’un de ses anciens commissaires, le Français Michel Barnier, qui a été nommé pour diriger les négociations sur le Brexit au nom de l’UE… De quoi, là encore, nourrir les suspicions de collision d’intérêts en tout genre, les deux hommes ayant travaillé ensemble pendant cinq ans.

Lors d’un point presse mardi à Bruxelles, un porte-parole de la commission s’est contenté de répondre : « Les règles, qui sont extrêmement strictes, ont été respectées. » Quant à d’éventuels contacts officieux entre Barnier et Barroso, le porte-parole, Alexander Winterstein, a renvoyé, cette fois, aux règles de transparence instaurées par la nouvelle commission Juncker, selon lesquelles les agendas des commissaires et des membres des cabinets sont désormais publics : « En cas de contacts entre Michel Barnier et l’ancien président, vous pourrez le voir, a-t-il déclaré. Sur le code de conduite, comme sur le terrain de la transparence, je crois que nous sommes exemplaires.

L’initiative d’O’Reilly intervient après le lancement cet été d’une pétition rédigée par des fonctionnaires européens (dont Mediapart a déjà parlé ici). Ce texte, qui juge qu'il est possible de sanctionner Barroso sur la base du non-respect de l’article 245 des traités, approchait mercredi les 132 000 signatures (n’importe quel citoyen peut le signer). « Alors que la confiance des citoyens […] envers leurs gouvernements et leurs administrations est sévèrement mise à mal, aucune institution ne peut prendre le risque d’affaiblir encore un peu plus cette confiance », insiste Emily O’Reilly.

Jean-Claude Juncker, qui s’est jusqu’à présent montré très discret sur la spectaculaire embauche de son prédécesseur (il l’a critiquée mollement dans un entretien au Soir fin juillet), pourrait bien devoir s’expliquer, pour de bon, lors de son discours sur l’état de l’Union, le 14 septembre, au parlement de Strasbourg. Certains députés ne devraient pas rater l'occasion de le bousculer.

 

 

Publié dans Politique

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