Mineurs de 1948, début de réhabilitation

Publié le par Laute Alain

C'était il y a 68 ans. Les braves ont été condamnés, dégradés, humiliés, eux et leur descendance

C'était il y a 68 ans. Les braves ont été condamnés, dégradés, humiliés, eux et leur descendance

« Quand ça veut lutter un homme,

ça peut lutter »

 

Kareen Janselme Jeudi, 29 Septembre, 2016 Humanite.fr

Les mineurs de 1948 ont retrouvé leurs grades militaires plus de soixante après en avoir été spoliés pour fait de grève.

C’est Christiane Taubira qui a ouvert la cérémonie. « Ils étaient vingt et cent, ils étaient des milliers… », citant Jean Ferrat, Louis Aragon, Paul Eluard, l’ancienne Garde des Sceaux a rendu hommage aux mineurs grévistes de 1948, chargés par les CRS, spoliés de leurs droits, dégradés militairement, et à leurs femmes elles-aussi victimes. « Quand ça veut lutter un homme, ça peut lutter » a-t-elle conclu en regardant tête haute François Hollande.

C’est le président de la République qui a « souhaité que cette cérémonie soit ouverte par Christiane Taubira ». C’est bien elle qui a relancé le début de la réhabilitation des mineurs alors que la cour de cassation s’était prononcée contre leurs indemnisations aux Prud’hommes, bloquant une procédure entamée en 2007. Fin 2014, la ministre de la justice introduisait dans la loi de finances une indemnisation forfaitaire des mineurs et leurs ayant-droit, affirmant que « La République française reconnaît le caractère discriminatoire et abusif du licenciement pour faits de grève des mineurs grévistes en 1948 et 1952 ».

A ce jour 33 dossiers ont été indemnisés et 1 million 460 000 euros versés par l’Agence nationale pour la garantie des droits des mineurs (ANGDM). Bien peu par rapport aux 1342 condamnés à la prison ferme en 1948. Et des sommes bien faibles (30 000 euros pour les mineurs, 5000 euros pour leurs enfants) pour ceux qui ont tout perdu après avoir été licencié : le logement, le chauffage, le médecin gratuit, les bourses d’étude pour les enfants, la retraite, le salaire…

« Les salariés d’Air France ne sont pas des voyous. Les travailleurs perdent les pédales lorsque toute une vie va être brisée. C’est rien comme violence d’arracher une chemise à côté de celle qui peut arracher toute une vie » Norbert Gilmez

Mais ce mercredi, sous les ors de l’Elysée, une nouvelle injustice a été réparée avec la récupération des grades militaires des mineurs grévistes. « Jamais je n’avais eu à réaliser cette acte : la réintégration ». François Hollande a restitué titres et grades militaires à quatre gueules noires, à titre posthume, évoquant « quatre destins qui avaient pu être brisés et qui ici retrouvent l'honneur ». «

 

C’est un message d’espoir (…) pour ceux frappés de décisions arbitraires et injustes » a assuré le président de la République, qui a ensuite embrassé tour à tour chaque descendant de mineur. « Je ne peux être qu’ému, a réagit Pierre Rebouillait, fils de François Rebouillat qui retrouvait enfin son titre de caporal. C’est une reconnaissance merveilleuse de remettre mon père dans son grade. » Nombreux ont été ces mineurs, fiers d’avoir fait grève pour sauvegarder leurs salaires et leur statut, mais honteux d’avoir été dégradés et qui turent cette infamie à leur famille.

Ainsi Norbert Gilmez, employé de bureau dans les Houillères en 1948 et gréviste, travailla 20 ans avec Aimable Duhamel et « jamais il ne me l’avait dit ». « Et pour le docteur Versquel, je n’ai appris qu’en 1978 qu’il avait été dégradé et radié un an de l’ordre des médecins . » Tous deux ont retrouvé ce mercredi 28 septembre 2016 leur honneur.

 

Mais la lutte n’est pas terminée. Pour Norbert Gilmez, vaillant combattant pour la réhabilitation des mineurs, il reste encore des indemnités à obtenir : « Il faut faire appliquer la deuxième partie de l’article de loi de Madame Taubira, en reconstituant les carrières et en incluant la perte du chauffage, du logement, du salaire, de la retraite complémentaire que j’aurais dû avoir ». Et tout simplement, debout sur l’estrade, aux côtés de ses camarades recevant médailles, il n’a pu s’empêcher d’en glisser un mot au chef de l’Etat. L’histoire des mineurs de 1948 n’est pas finie.

 

 

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