Natixis : Epargnants pas du tout épargnés

Publié le par Laute Alain

Natixis:

Mediapart et Que Choisir s’associent pour

évaluer les sommes soustraites aux

épargnants

20 septembre 2016 | Par Laurent Mauduit

L’UFC-Que Choisir et Mediapart ont décidé de s’associer pour chercher à évaluer précisément les préjudices subis par d’innombrables épargnants du fait des irrégularités commises par Natixis Asset Management (NAM), qui a été renvoyé devant la Commission des sanctions de l’AMF.

Mediapart et l’UFC-Que Choisir ont décidé de s’associer et d’unir leurs efforts pour chercher à évaluer le plus précisément possible les préjudices subis par d’innombrables épargnants du fait des irrégularités commises par la société de gestion Natixis Asset Management (NAM), qui est une filiale de la banque d’investissement Natixis, elle-même filiale du géant bancaire BPCE.

Ce scandale bancaire, c’est Mediapart qui l’a révélé voilà plusieurs mois et en a tenu la chronique, au travers d’une enquête comprenant de nombreux volets. On en retrouvera ci-dessous quelques-uns des principaux épisodes :

Il suffit de se plonger dans l’un ou l’autre des volets de cette enquête, étayée par de nombreux documents internes de la société de gestion, pour comprendre la gravité des irrégularités qu’elle a commises. En particulier, un système de commissions occultes avait été mis au point à l’insu des clients de la banque, dans le cas de fonds dits « à formule », dont le but caché était de gonfler les bonus des cadres dirigeants de l’établissement.

Ce scandale est d’autant plus spectaculaire que Laurent Mignon, patron de Natixis, et François Pérol, patron de BPCE, n’ont jamais pris leur distance publiquement avec leur filiale. Tout juste ont-ils mis sur la touche Pascal Voisin, le patron de NAM. Depuis de longs mois, Mediapart a interrogé à plusieurs reprises les deux dirigeants de la banque sur ces pratiques, mais nous n'avons jamais obtenu de réponse. En clair, les instances dirigeantes ont toujours privilégié la solidarité avec les dirigeants de Natixis Asset Management. Ils vont donc inévitablement être eux-mêmes éclaboussés par la crise qui est maintenant ouverte.

Ce scandale prend d’autant plus de relief que pendant de très longs mois, l’Autorité des marchés financiers (AMF) ne s’est, de son côté, guère montrée pugnace et a beaucoup tardé à ouvrir une enquête. Mais enfin ! Comme Mediapart l’a révélé en juillet, l’AMF s’est enfin résolue à renvoyer l’affaire devant sa commission des sanctions (lire Natixis : les clients grugés pour gonfler les bonus).

Ce renvoi de NAM devant la commission des sanctions de l’AMF vient donc confirmer que des centaines de milliers, voire des millions d’épargnants auraient pu être lésés par ces commissions occultes prélevées sur les fonds à formule.

Dès le début de notre enquête, nous avons donc tenté d’évaluer les conséquences concrètes pour les épargnants. On peut retrouver dans les deux premiers volets de notre enquête les indications précises que nous sommes parvenus à recueillir (lire Natixis : les clients grugés pour gonfler les bonus et Des millions d’épargnants ont été lésés par Natixis Asset Management).

Mais à l’époque où nous avons découvert ces graves irrégularités, personne ne s’est fait l’écho de nos révélations. Aucun journal généraliste ou spécialiste dans les questions économiques ou financières n’a mentionné les révélations que nous avions faites, ni les documents internes que nous avions mis au jour. Personne, hormis… Que Choisir, qui a alors voulu y voir clair et a engagé sa propre enquête, pour être en mesure d’informer au mieux les consommateurs et épargnants dont l’association s’applique à défendre les intérêts.

C’est la raison pour laquelle, tout naturellement, nous avons décidé d’unir nos efforts pour poursuivre cette enquête et informer au mieux les épargnants des sommes qui auraient pu être détournées à leur détriment. Et pour commencer cette collaboration, nous avons donc décidé de publier simultanément ce mardi 20 septembre des articles annonçant cette initiative commune. En parallèle à cet article qui est publié sur Mediapart, la revue Que Choisir, qui paraît ce même mardi, publie ainsi une longue enquête qui s’appuie sur la nôtre et la prolonge. On retrouvera ci-dessous le fac-similé de la première page de cette enquête.

Dans le fil de son enquête, Que Choisir pose la question : « Combien de clients spoliés par Natixis » ? Et la revue apporte cette première réponse : « Vraisemblablement, des centaines de milliers de clients des Banques populaires et des Caisses d’épargne sont potentiellement concernés. En effet, selon l’AMF, l’autorité de tutelle des marchés financiers, qui a enquêté sur l’affaire, 75 fonds à formule gérés par NAM seraient visés. Mais, selon les informations dont nous disposons, ceux dont le montant de frais de gestion réels dépasserait, en raison des marges de structuration prélevées, le montant maximal affiché dans les prospectus remis au client, se retrouveraient plus particulièrement dans le collimateur de l’AMF. Cette dernière vient de renvoyer NAM devant sa commission des sanctions. Il est vrai que dans tous ces cas, non seulement le rendement du fonds est artificiellement réduit, mais en plus l’information tarifaire délivrée au consommateur au moment de la souscription du produit est fausse… On peut ainsi déjà donner une première liste de fonds spécialement concernés. Tous affichent, dans le prospectus de souscription, des frais de gestion au client (2 % maximum en majorité) qui sont en réalité dépassés. Il s’agit de : Capital Sérénité (frais de gestion réels de 2,15 % en 2013 et de 2,09 % en 2014), Perlea (5,15 % en 2014), Eurostoxx double cliquet (23,10 % en 2015), Fructizen (2,01 %), Objectif Eurostoxx 2 (4,65 % en 2014), Odeis 2005 été (2,60 % en 2013), Odeis 2005 automne (5,44 % en 2014), Al Dente 5 et 6 (respectivement 2,02 % en 2013 et 2,02 % en 2014), Fructi Sécurité avril et septembre 2010 (respectivement 2,20 et 2,13 % en 2013), Izéis Vie 2017 (2,4 % en 2013), Robusta 2, 3, 4 et 5 (entre 2,03 et 2,09 % en 2013 et 2014)… Mais de nombreux autres fonds seraient également concernés par ces dépassements. C’est le cas, par exemple, du fonds Odeis printemps 2007, comme l’a démontré un expert mandaté par Que Choisir, dont les frais de gestion prélevés la dernière semaine de vie pourraient dépasser les 40 % ! »

Au début de l’article, nos confrères apportent aussi cette précision : « Face à l’ampleur du scandale, l’UFC-Que Choisir poursuit ses investigations pour chiffrer les préjudices des épargnants et engager une action en justice si toutes les conditions sont réunies. »

Cette enquête de la revue Que Choisir, qui paraît ce mardi, est complétée par la mise en ligne ce même jour d’un article sur le site Internet de la même publication, qui pointe les 42 fonds de Natixis particulièrement concernés.

Quelles que soient les suites que cette affaire aura, Que Choisir et Mediapart vont donc prendre, pour le court terme, des initiatives pour parvenir à mieux évaluer le montant des sommes qui auraient dû être apportées aux épargnants et que Natixis Asset Management a détournées à leur insu.

 

 

Publié dans Politique

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