Réfugiés : Répression du gouvernement

Publié le par Laute Alain

Répression constante contre les réfugiés, la France se déjuge face au monde entier, merci Hollande.Répression constante contre les réfugiés, la France se déjuge face au monde entier, merci Hollande.Répression constante contre les réfugiés, la France se déjuge face au monde entier, merci Hollande.

Répression constante contre les réfugiés, la France se déjuge face au monde entier, merci Hollande.

A Paris, les opérations policières

contre les réfugiés se multiplient

29 septembre 2016 | Par Carine Fouteau Mediapart. (extraits).

La politique d’accueil des migrants dans la capitale est illisible : d’un côté Anne Hidalgo s’efforce de faire de Paris une « ville refuge », de l’autre le préfet de police effectue des interpellations massives dans les rues pour disperser les campements de fortune. Les habitants leur venant en aide sont eux aussi visés par des mesures d’« intimidation ».

Paris ville refuge ? La question ne fait même pas sourire Suleyman. Ce Soudanais de 41 ans, arrivé en France il y a trois mois, vient de finir de se brosser les dents, penché au-dessus du point d’eau installé au début de l’avenue de Flandre dans le XIXe arrondissement. Ce jeudi 29 septembre, à 8 heures du matin, au milieu de la circulation, il a les traits tirés. « J’ai bien dormi, merci », dit-il d’un ton las. D’abord, il affirme être « reconnaissant » envers la France pour son accueil, puis se ravise. « C’est l’enfer, on dort sur les trottoirs », dit-il en montrant son frère en train de replier un rouleau de mousse. « Les policiers ne nous laissent pas en paix », poursuit-il. La veille, au même endroit à la même heure, une opération de police a eu lieu : prévenus par un informateur, la plupart des 600 exilés vivant dans le quartier ont dormi ailleurs. « Seuls » vingt-deux d’entre eux ont été embarqués.

Alors qu’Anne Hidalgo, la maire de la ville, s’apprête à rencontrer le pape François au Vatican avec une trentaine de maires européens « solidaires » des réfugiés, la police française pourchasse, interpelle, voire envoie en rétention celles et ceux qui ont posé leurs bagages dans les rues de la capitale, en l’absence de lieu dédié pour les accueillir.

Plus précisément, les forces de l’ordre, sous la responsabilité du ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve, ciblent les exilés qui, tout juste arrivés en France, n’ont pas encore obtenu l’attestation de demandeurs d’asile délivrée par… la préfecture. Et pourquoi ne l’ont-ils pas entre les mains ? Parce qu’ils doivent patienter dans des conditions indignes plusieurs jours d’affilée devant France terre d’asile (FTDA), l’association mandatée par l’État, pour décrocher une date pour ce rendez-vous en préfecture lors duquel leurs empreintes sont prises et l’attestation délivrée. Cette procédure prenant au moins un mois, les policiers considèrent qu’en attendant, les réfugiés sont en situation irrégulière : ils en profitent pour les appréhender.

Ce rituel – les opérations de ce type se multiplient depuis l’été – se déroule à chaque fois dans le même périmètre : autour de la station de métro Jaurès dans le XIXe arrondissement. Après avoir débarqué en Sicile, les personnes en quête de protection, qui ont toutes traversé la mer Méditerranée dans des conditions éprouvantes, arrivent via la gare de Lyon dans ce quartier du nord de Paris.

Elles ne se retrouvent pas là par hasard : elles recherchent la proximité des bureaux de FTDA pour garder leur place dans la file d’attente..."

"... Face à cette situation qui se répète, plusieurs associations, parmi lesquelles le Gisti, la Cimade IDF, l’Assfam et le Secours catholique, ont récemment adressé un courrier au préfet de police de Paris (PP) lui reprochant ses pratiques. « Nous demandons que l’ensemble des exilé·e·s qui cherchent une protection puisse enregistrer immédiatement leur demande d’asile et que les obligations de quitter le territoire prises à leur encontre soient abrogées. Nous demandons également l’arrêt immédiat des interpellations massives et des brutalités policières », indiquent-elles. À la suite de ces contrôles d’identité conduits au faciès – ils concernent exclusivement les habitants des campements de fortune –, elles ont eu connaissance de 209 cas de mesures d’obligation de quitter le territoire (OQTF) depuis le 1er août, date à partir de laquelle le rythme des interventions policières s’est accéléré.

Que se passe-t-il dans les commissariats ?

Les exilés doivent prouver qu’ils ont entamé des démarches de demande d’asile en France pour être libérés. Sinon, ils risquent d’être envoyés dans des centres de rétention administrative (CRA) en vue de leur expulsion. Marie Lindemann est coordinatrice juridique de l’Assfam, l’association qui assure l’accès au droit des personnes retenues au CRA de Vincennes. Elle observe qu’au cours des deux derniers mois entre 80 et 90 exilés ont ainsi été privés de liberté. Originaires de pays où sévit la guerre ou la répression, comme le Soudan, l’Érythrée, la Somalie ou l’Afghanistan, la plupart d’entre eux ne peuvent pas être renvoyés de force dans leur pays d’origine ; mais tous ou presque sont susceptibles d’être réadmis, selon la réglementation de Dublin, dans le premier pays de l’Union européenne dans lequel ils ont été identifiés, comme l’Italie, la Bulgarie ou la Hongrie. « Le plus souvent, nous parvenons à faire sauter les demandes de réadmission pour des raisons de non-respect de la procédure, par exemple l’absence d’information sur les droits ou encore l’absence de notification dans une langue comprise par la personne. Les cas de retours effectifs sont rares », observe-t-elle. Sept personnes n’ont toutefois pas pu y échapper..."

« J’ai vu un jeune homme militant à terre (...). J’ai cru qu’ils l’avaient tué »

Il existe néanmoins quelques indices : les interpellations systématiques ainsi que les évacuations brutales (comme celle du lycée désaffecté Jean-Jaurès en mai 2016) ne sont relayées ni par la ministre du logement, Emmanuelle Cosse, ni par la mairie de Paris, et sont fréquemment le théâtre de violences, contre les réfugiés mais aussi leurs soutiens.

Cet été, la tension est montée à partir du dimanche 31 juillet : ce soir-là, les activistes présents sur place ont répertorié 15 blessés parmi les exilés dont cinq à l’hôpital et un mineur de 17 ans au taser ; un interprète a été traîné sur quinze mètres en présence de témoins alors qu’il était en train de traduire à un pompier les propos d’un blessé.

Les jours qui ont suivi, vers 13 heures, au moment de la distribution du repas, des contrôles ont eu lieu tous azimuts, les personnes étant évacuées « à coups de matraques et de gaz lacrymogène », selon un communiqué signé par l’ensemble des groupes venant en aide aux réfugiés – #‎welcomerefugees, Soutien aux exilés de GdE et Stalingrad, Comité de soutien des Migrants de la Chapelle, Collectif La Chapelle Debout et Collectif parisien de soutien aux exilé.e.s (CPSE).

Le 2 août, pas moins de 251 personnes, parmi lesquelles des familles et des mineurs isolés, ont été conduites au commissariat : trente OQTF ont alors été délivrées, selon leur recensement. « Les conditions étaient inhumaines, se rappelle Valérie Osouf. Ils sont restés neuf heures dans l’antenne de police de la rue de l’Évangile [dans le XVIIIe arrondissement – ndlr] sans pouvoir boire d’eau ; une femme n’a pas pu nourrir son bébé. »

Quelques jours plus tard, le 7 août, deux membres de collectifs, l’un de La Chapelle Debout, l’autre du CPSE, ont passé neuf heures en garde à vue dans un commissariat du XXe arrondissement, d’où ils sont ressortis avec une convocation en justice pour le 9 novembre, pour « organisation d’une manifestation illicite », délit pour lequel ils encourent six mois de prison et 7 500 euros d’amende..."

 

"... Membre de La Chapelle Debout, Houssam El Assimi, également intervenu lors de la soirée de Mediapart au Théâtre de la Ville, n’a, lui, raté aucune des opérations policières. Avec celle du 28 septembre, il évalue à 2 600 le nombre total d’arrestations et à 350 le nombre d’OQTF. Dernière nouveauté : une ligne téléphonique « anti-rafles » a été mise en place, avec 200 personnes mobilisables, indique-t-il. « Nous suivons les exilés pour ne pas perdre leur trace lorsqu’ils sont emmenés au commissariat et nous les aidons à rédiger les recours avec des interprètes capables de traduire dans leur langue », ajoute-t-il.

En réaction à cette gestion policière, deux associations pourtant en contrat avec respectivement l’État et la mairie, FTDA et Emmaüs Solidarité, ont annoncé, le 22 août, la suspension de leurs maraudes. Selon ces structures, les « ambiguïtés des politiques publiques quant à l'accueil des migrants dans ces rues » ne leur permettaient plus de mener à bien leur mission. « On ne peut pas donner des informations sur l'asile à une personne et, une heure après, la voir embarquée par la police », a déclaré à l'AFP Pierre Henry (FTDA), dénonçant une « logique de dissuasion »..."

"... Compte tenu de l’image accueillante qu’elle souhaite donner de la capitale, Anne Hidalgo n’apprécie pas ces démonstrations récurrentes de la force publique...."

"... Mais elle ne peut se désolidariser totalement de l’État dans la mesure où ces lieux d’accueil transitoire, prévus pour héberger moins d’un millier de personnes, ne peuvent fonctionner qu’à la condition que les pouvoirs publics libèrent ensuite les places nécessaires en centres d’hébergement des demandeurs d’asile.

 

 

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