Sarko, l'écolophobe

Publié le par Laute Alain

Sarkozy ou l’écolophobie décomplexée

Par Noël Mamère 20 sept. 2016

Nicolas Sarkozy est égal à lui-même. Son changement de pied sur la question climatique n’étonnera que les naïfs. Pour l’ex-Président, un seul principe prévaut : la fin justifie les moyens et tous les retournements de veste. Ce qui est bon pour Sarkozy est bon pour la planète.

Nicolas Sarkozy est égal à lui-même. Son changement de pied sur la question climatique n’étonnera que les naïfs. Pour l’ex-Président, un seul principe prévaut : la fin justifie les moyens et tous les retournements de veste. Ce qui est bon pour Sarkozy est bon pour la planète. Aujourd’hui, en raison des «primaires » de la droite, le père du Grenelle de l’environnement se mue en négationniste climatique. Il n’hésite pas à reprendre les arguments climato-sceptiques les plus éculés, même s’ils sont dénoncés par toute la communauté scientifique. Pourtant, auprès d’un certain électorat, cette argumentation est efficace.

L’homme ne serait pas le seul responsable du dérèglement... si dérèglement il y a ! Dans la ligne des élucubrations de son ami Claude Allègre, Sarkozy se fait briseur de tabous, certain de l’effet médiatique qu’il va produire et sachant que, mécaniquement, le débat va se focaliser sur ses thèses, aussi farfelues soient- elles. Il y a quelques années, il avait usé du même type de procédé avec la discrimination positive et la fin de la double peine puis, à la fin de sa campagne, avec le Ministère de l’Identité nationale. Plus c’est gros et plus le débat tourne autour de lui. Il « trumpise » la campagne en espérant mettre de son côté tous ceux qui contestent par principe toute orientation d’en haut et font leurs les interprétations complotistes de l’histoire.

Le dérèglement climatique ne serait pas la question la plus importante. Même si la communauté scientifique, à commencer par le GIEC, se dresse contre ses élucubrations, cette manière de se lever contre une pseudo-pensée unique le valorise dans une partie de l’électorat, notamment âgé, qui voit décroître son pouvoir d’achat et reste sensible aux arguments qui identifient l’écologie aux taxes et à la hausse des prix.

La priorité serait la démographie. Ce retour à Malthus est d’autant plus pernicieux que le fond de son « message » est là, le climatoscepticisme faisant office de leurre. Car Sarkozy s’adresse en fait aux adeptes du « Grand remplacement » : il y aurait trop de terriens sur la planète, donc trop d’arabes et de noirs (il a d’ailleurs pris l’exemple du Nigéria pour illustrer son propos). Ce faisant, le candidat à la candidature fait coup double : il cautionne les thèses de l’extrême-droite avec son « Observatoire international de la population » et nous explique que, pour nourrir la planète, il faut développer les exportations de l’agro business, donc les OGM ;. Il faut donc en finir avec le concept d’agro écologie, lever les barrières douanières des pays pauvres pour envahir leurs marchés avec nos produits et dire adieu au principe de souveraineté alimentaire.

La question de l’urgence écologique ainsi balayée, vive le développement à n’importe quel prix. Et allons-y sur les OGM, les gaz de schiste, les boues rouges et les algues vertes... Tout ce qui est censé contribuer à la croissance des emplois est bon à prendre. Ce raisonnement fou s’inscrit dans une conviction profonde : la croyance quasi-religieuse dans la Technique. Nicolas Sarkozy se veut le messager de l’écologie industrielle et de la démesure, le chantre de la géo-ingénierie, comme seules réponses à la dégradation du climat et de la biodiversité. Cette grande régression est fondée sur une forme d’égoïsme contemporain que l’on nomme « court-termisme ». Vivons au présent, semble nous dire Sarkozy, les générations futures gèreront leur avenir.

Pour parachever ce programme ubuesque, Sarkozy, logique avec lui-même, remet en cause le principe de précaution imposé par Chirac et soutenu alors par les députés Verts. Ce principe, qui permet de protéger la nature et notre patrimoine commun, est pour Nicolas Sarkozy un repoussoir absolu. Au passage, il lui permet de régler de vieux comptes avec les chiraquiens et NKM et de redevenir le champion de la FNSEA, qui a toujours diabolisé le principe de prévention.

Nicolas Sarkozy souhaite donc revenir en arrière, y compris par rapport à son propre quinquennat, sur la question de l’écologie. Pour ce bonimenteur d’estrade, l’équation écologique est à géométrie variable. Quel reniement depuis le « pacte écologique » de Nicolas Hulot, en 2007, et le Grenelle de l’environnement, qui avaient permis de ripoliner l’image environnementaliste de la droite, très vite effacée par le fameux « l’environnement, ça commence à bien faire », au Salon de l’Agriculture de 2010. Comprenne qui pourra.

Aujourd’hui, il lui faut souder un bloc réactionnaire avant le premier tour des primaires de la droite, en réunissant tout ce que la France compte de climatosceptiques, de chasseurs viandards, de paysans pro OGM, d’automobilistes impénitents, de pro nucléaires sans états d’âme ; Il s’agit de leur proposer des cibles pour se défouler : François Hollande, la Cop 21, l’écologie des bobos... En réalité, jusqu’ à la fin novembre, sa véritable cible est Alain Juppé, trop raisonnable pour se lancer dans une course à la démagogie. Peu importe les dégâts en terme idéologique, l’essentiel est de terrasser son adversaire en soudant tous les populismes de droite autour de son seul étendard.

L’écolophobie prônée par l’ancien chef de l’Etat n’est pourtant qu’affaire de circonstances. Elle doit être analysée pour ce qu’elle est en réalité : une hostilité effrénée à l’écologie, aux écologistes et aux politiques publiques dont ils se réclament. Cette écolophobie est réactionnaire en ce sens qu’elle est un retour aux années cinquante et soixante, où il s’agissait de construire un monde fondé sur le consumérisme, la surexploitation des ressources naturelles et la croissance comme seul horizon du progrès humain. Ce monde n’est plus, mais Nicolas Sarkozy n’a rien appris. Il est pareil à lui-même et à sa culture politique : bonapartiste pompidolien, jacobin centralisateur, serviteur loyal des promoteurs, bétonneurs et nucléocrates. Il n’est pas le seul. L’écolophobie est un trait permanent, à droite et à gauche : Arnaud Montebourg, des OGM au gaz de schiste, Manuel Valls, qui a soutenu les EPR de manière acharnée, les boues rouges, le barrage de Sivens et pour qui Notre-Dame-des Landes est un exemple dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Nombreux sont les politiciens qui pensent qu’en période de crise économique et de menace terroriste, l’écologie n’est pas électoralement rentable. C’est pour cela, entre autres, que l’écologie doit être défendue par les écologistes et qu’il est temps pour nous d’affirmer notre projet, qui ne peut être réduit à un faux choix entre pire et moins pire. Face aux écolophobes de tous les partis, qui voudraient rassurer les esprits faibles avec leur « Après nous le déluge », nous disons que le déluge est déjà en train de nous tomber sur la tête et que, cette fois, Noé et son Arche n’arriveront pas à temps pour nous sauver si nous croyons à de telles sornettes irresponsables et indignes d’un politique qui se prétend homme d’Etat.


 

 

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