Des députés PS le cul entre deux ou trois chaises

Publié le par Laute Alain

Des députés PS snobent

un déjeuner à l'Elysée

7 octobre 2016 | Par Lénaïg Bredoux et Mathilde Mathieu Mediapart.

Dans un mail dont Mediapart a obtenu copie, le conseiller de François Hollande, Bernard Poignant, convie à déjeuner 50 députés socialistes qui ne veulent pas se représenter. Plusieurs lui répondent vertement.

C'est une invitation qu'ils auraient adoré recevoir en début de mandat. Quatre ans après l'arrivée de François Hollande à l'Élysée, l'agacement est palpable. Fin septembre, un des proches du président Bernard Poignant envoie un mail à 50 députés socialistes.

« J’ai appris que tu n’avais pas l’intention de solliciter un nouveau mandat de député en juin 2017. Le Président m’a demandé d’organiser quelques déjeuners au Palais de l’Élysée pour recueillir ton analyse et tes appréciations au terme de ce quinquennat. Elles seront utiles pour les mois et les années qui s’annoncent », écrit l’ancien maire de Quimper. Avant de conclure par ces mots : « Je signalerai au Président votre venue en espérant que son emploi du temps lui permette de nous rejoindre. » Jeudi 6 octobre, Poignant relance les dix parlementaires qui n'ont pas répondu.

Environ 70 députés ne souhaitent pas se représenter en 2017, a récemment indiqué le président du groupe socialiste à l’Assemblée Bruno Le Roux. Notamment en raison de leur âge. C’est par exemple le cas d’Odile Saugues, 73 ans, et de Pascale Crozon, 72 ans, qui ont annoncé vouloir raccrocher et qui figurent toutes deux sur la liste d’invités. D’autres sont touchés par la loi sur le non-cumul des mandats qui sera effective l’an prochain. Ainsi en est-il de Nathalie Appéré, maire de Rennes, ou d’Alain Claeys, maire de Poitiers. Eux aussi ont été conviés à l’Élysée.

« J’irai bien sûr », explique le député de Dordogne Germinal Peiro. « J’imagine que c’est pour nous dire merci ! », dit-il en rigolant. Sur le fond, il en est convaincu : les parlementaires ont été bien traités par le gouvernement, et les voix critiques « ont toujours pu s’exprimer ».

Certains de ses collègues ont été beaucoup plus surpris de l’invitation. Dans un mail dont Mediapart a obtenu copie, la députée de l'Ariège et présidente de la commission des affaires économiques Frédérique Massat répond sèchement à l’invitation : non seulement elle n'a jamais annoncé qu'elle ne souhaitait pas se présenter, mais elle juge que la sollicitation arrive bien tard.

« J’ai trouvé la démarche très maladroite pour ne pas dire plus… à ce jour je n’ai pas pris de décision sur ma candidature, donc qui a décidé pour moi ? », s’interroge-t-elle. Avant d’ajouter : « Il aurait été plus utile d’avoir ce type de réunion en début de mandat qu’à la fin. Car les parlementaires n’ont eu aucune écoute durant ce mandat et c’est regrettable, car c’est nous qui votons les lois. Présidente de la commission des affaires économiques à l’Assemblée nationale, je n’ai pas de temps à perdre à parler du bilan avec une hypothétique fugace apparition du président. »

Contacté, le député du Gers Philippe Martin s'en amuse : il a appris par ses collègues l'invitation, mais n'a jamais reçu le mail – l'adresse utilisée n'est pas celle qu'il consulte. « C'est dans le cadre des Journées du patrimoine, c'est ça ? », lance-t-il, hilare. Plus sérieusement, lui non plus n'a pas pris de décision : il est en situation de cumul – député et président du conseil général du Gers – mais n'a pas encore décidé à quel mandat il voulait se consacrer après 2017. « Tout le monde ne perd pas les élections ! », dit-il encore, alors que Bernard Poignant a perdu la mairie de Quimper en 2014. Il n'ira pas déjeuner à l'Élysée.

Arnaud Leroy non plus. Député des Français de l'étranger, il cherche une nouvelle circonscription – il est rentré dans l'Hexagone cet été –, mais pas à quitter l'Assemblée. « Je ne répondrai pas à l'invitation. J'ai d'autres chats à fouetter », explique celui qui a rejoint les rangs du mouvement d'Emmanuel Macron. La petite phrase sur la possible apparition du président l'a tout particulièrement agacé : « On dirait qu'il parle de l'apparition de la Vierge Marie… c'est infantilisant. » Surtout, dit Leroy, « ils ne sont plus du tout au contact de la vie parlementaire. Beaucoup de députés se demandent comment ils vont faire campagne avec le bilan de Hollande et on leur dit qu'ils vont peut-être avoir une surprise au dessert… ».

 

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