Disparition de Pierre Tchernia

Publié le par Laute Alain

Un grand homme de télé. Les présents devraient prendre exemple y compris Ruquier.

Un grand homme de télé. Les présents devraient prendre exemple y compris Ruquier.

Pierre Tchernia.

Monsieur Cinéma est décédé

 

Fernand Nouvet Samedi, 15 Novembre, 2003 L'Humanité

 

L'homme de télévision et de cinéma Pierre Tchernia est décédé à l'âge de 88 ans dans la nuit de vendredi à samedi à Paris. Nous publions l'article que nous lui consacrions à l'occasion de la sortie de son livre "Magic Ciné".

 

" À vous Cognacq-Jay ! " : ainsi concluait leur émission nombre de présentateurs. Une rue. Mais surtout un bâtiment où nichait le cour de la télé. Un bâtiment où " Monsieur Cinéma " rebaptisé " Magic Tchernia " par Arthur - " le plus jeune de mes complices " - a nombre de souvenirs. Cette légende vivante de la télé nous les offre dans son dernier livre.

Le petit Tscherniakowsky, par souci de rendre son nom plus facile à prononcer, aura transformé ce dernier en Tchernia. Il dévore les livres jusqu'à " se remplir les yeux et la tête ". Son premier dictionnaire - un Petit Larousse -, sera " la première pièce de ses collections de mots ". Et le fera " tomber en catalepsie métaphysique " le jour où il y découvre le mot " ubiquité ". Pour le petit " Petia ", " un dictionnaire, c'est quelque chose de sérieux, quelque chose de définitif, qui établit le sens des mots et leur orthographe : il ne peut rien y avoir de fou. Or, être en plusieurs lieux à la fois est une chose vraiment folle ". Ce qu'il fera, malgré tout.

C'est en fréquentant assidûment le Magic Ciné, un cinéma de quartier, que naîtra chez Pierre Tchernia " l'envie profonde de faire du spectacle ". Un diplôme de l'Institut des hautes études cinématographiques, en poche, il cherche un stage. En vain.

Qu'importe : embauché par Pierre Sabbagh, père du premier journal télévisé, Pierre Tchernia prend ses fonctions le 4 décembre 1949, rejoignant une équipe de pionniers : " petit budget ", " petits moyens ", ainsi née la télévision française. " Le journal télévisé durait un quart d'heure et était entièrement tourné en région parisienne ", se souvient-il. Des vidéos chichement réalisées. Et, hors champ, une personne au commentaire : " Les gens n'ont découvert nos visages qu'à l'occasion du premier anniversaire du journal, à l'automne 1950. " Pierre Sabbagh a alors présenté sa petite équipe : " De Caunes, Debouzy, Croustelle... on est tous passés les uns après les autres ", se rappelle-t-il.

La fraîcheur des sujets attire les téléspectateurs. Même imparfait, le JT prend de plus en plus d'importance. Pierre Tchernia parle du cour même de la télé. De ce journal " vivant " - par rapport aux actualités cinématographiques - qui, selon lui, " a structuré l'ensemble des programmes ".

Il y avait aussi ces " petits jeux " ou plutôt des sortes de concours que se lançait l'équipe de Sabbagh : " Par exemple, glisser "c'est une belle réalisation française" dans notre texte, sourit-il. Ou encore "la Parisienne sera toujours la Parisienne"... " Pierre Tchernia raconte les anecdotes. Tous ces petits et grands faits de la télé qui ont jalonné son existence. Il raconte les gens. les avancées technologiques, les débats.

Les phénomènes de mode avec l'achat massif et à crédit de postes de télé : " Les premiers postes moins coûteux valant 60 000 francs à l'époque. Le moins cher, c'était l'antenne, souligne-t-il. C'est ainsi qu'on a vu des gens acheter l'antenne sans avoir encore le moyen d'acheter le poste, et n'ouvrir leur porte à personne avant d'avoir acheté "l'étrange lucarne." " Puis, tout s'accélère. Sous la houlette des dominicains, c'est le début des émissions religieuses : " La messe de minuit a été "télévisionnée" titre un journal à la Noël 1948. André Bazin aligne ses chroniques dans Radio-Ciné-Télé l'ancêtre de Télérama. Mais c'est le couronnement de la reine Elizabeth, le 2 juin 1953, qui signa l'acte véritable de naissance de la télévision. " Ce jour-là, les téléspectateurs ont compris que la télévision, c'était l'occasion de voir ici ce qui se passait là-bas au même instant. " L'ubiquité en quelque sorte. Comme celle de cet amateur de cinéma qui nous cause du grand écran au petit.

 

Publié dans Culture

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