Mariages forcés et autres sévices faites aux filles

Publié le par Laute Alain

Les petites sont souvent seules à défendre leurs droits

Les petites sont souvent seules à défendre leurs droits

Mariage forcé. "Je savais que je perdais

 

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Lundi, 10 Octobre, 2016 Humanite.fr

Ce mardi, c’est là 5e Journée internationale de la fille. Radha Rani Sarker est parvenue à "s'enfuir par la porte de derrière", alors qu’elle était séquestrée en l’attente de son mariage forcé. Elle avait juste 14 ans et se veut aujourd’hui "briseuse de mariages forcés".

« J’avais 14 ans lorsque mon père est décédé. Une de mes sœurs, mes beaux-frères et mes oncles ont voulu me marier à un homme de dix ans mon aîné que je n’avais jamais vu. J’aurais préféré être morte ! Oui, morte à la place de mon père, car je savais que j’allais devoir abandonner mes études. Je perdais tout : mon père, mes droits, mon avenir et surtout mon rêve de poursuivre ma scolarité et d’aider ma famille. J’étais désespérée… »

Radha Rani Sarker, est la plus jeune de quatre sœurs, dont trois ont été mariées de force. Comme beaucoup de jeunes Bangladaises, elle a été promise sans son consentement à un homme dont elle ne connaissait rien. A la mort de son père, alors qu’elle était encore au collège, elle fut considérée comme un poids financier pour les autres hommes de la famille. Les beaux-frères et les oncles de la jeune fille ont commencé à négocier le mariage de la jeune fille immédiatement. Une fois le « mari » trouvé, Radha a été kidnappée puis séquestrée dans la maison de son beau-frère en attendant, le mariage. "Enfermée chez mon beau-frère, je me disais +comment moi qui suis sensibilisée, qui vois la souffrance de mes sœurs, je peux subir ça ?". Le soir fatidique, elle a fait semblant de dormir pour pouvoir "s'enfuir par la porte de derrière".

Radha trouve refuge chez sa mère, elle-même mariée de force à 12 ans et qui l'a protégée malgré les critiques et les pressions. L’ONG Plan international la prend alors sous sa protection. Elle est devenue une briseuse de mariage forcée, autant qu’une figure de proue de l’association. « Ce qui m’est arrivé m’a donné la force et le courage de me battre. Désormais je me sens responsable pour les autres filles, cela ne doit plus arriver autour de moi. Les campagnes de prévention sont vitales, il faut à tout prix les continuer » explique Radha Rani Sarker, devenue étudiante en sciences sociales. Elle a multiplié les campagnes de porte à porte dans sa région et a sauvé du mariage forcé plus d’une dizaine de jeunes filles. « Dès que j’entends dire dans ma région qu’une fille trop jeune va être mariée de force, je vais voir les parents pour discuter avec eux et les informer des dangers que cela peut engendrer pour leur fille et son avenir. »

Une enfant mariée de force toutes les 2 secondes

Dans le monde, 15 millions de filles seront mariées cette année avant leur 18 ans, soit une toutes les deux secondes. Au Niger, en Centrafrique, en Guinée, au Tchad et au Bangladesh, les cinq pays où le mariage précoce est le plus répandu, 60% des femmes ont été mariées avant leur majorité, souvent pour des raisons financières.

Sans éducation, une fille ne peut aider financièrement sa famille, et plus les conditions de vie sont difficiles, plus la tentation est grande pour les parents de marier leurs filles. Déscolarisées, d'isolées, elles connaissent plus de risques de mortalité infantile ou maternelle, et peuvent subir des violences, dénonce l’ONG Plan international.

Au Bangladesh, la loi interdit le mariage avant 18 ans et pourtant 73% des filles sont mariées avant cet âge et plus d'une sur quatre l'est entre 12 et 14 ans.

Selon Yvan Savy, directeur de Plan international France, 144 pays (sur 193) n'ont aucune loi interdisant le mariage des enfants. L'ONG milite pour que tous adoptent un même texte disant qu'"avant 18 ans on ne se marie pas". "Ce qui éviterait également que des filles soient ramenées dans le pays d'origine de leurs parents pour être mariées", précise-t-il.

Pour promouvoir cette campagne et partager son histoire, Radha Rani Sarker est pour une semaine à Paris où elle inaugure ce lundi une exposition devant le Cirque d'hiver. Mercredi, elle prononcera un discours devant la Commission européenne, à Bruxelles, "une occasion d'être connue dans les pays développés et de demander de l'aide à tous".

 

 

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