Maroc : les législatives seront sans surprise

Publié le par Laute Alain

Maroc. À la fin,

c’est toujours le Makhzen qui gagne

 

Rosa Moussaoui Vendredi, 7 Octobre, 2016 L'Humanité

Les Marocains sont appelés aux urnes, ce vendredi, pour élire leurs députés. Un scrutin sans enjeu véritable : les décisions stratégiques se prennent au palais, qui concentre tous les pouvoirs.

«Ce qui nous lie à l’institution monarchique, c’est la religion et la Constitution. » Dans un entretien au quotidien Akhbar Al-Yaoum, l’islamiste Abdel-Ilah Benkiran, chef du gouvernement sortant, réitère une allégeance au roi dont personne ne doute, en dépit de ses récentes saillies contre le « tahakoum », « l’État parallèle ». Le souverain n’est-il pas le Commandeur des croyants, celui dont la personne est inviolable, selon la Constitution ? Le ton de la campagne électorale est donné. Les élections législatives de ce vendredi, au Maroc, n’ont pas pour enjeu une quelconque alternance, puisque les pouvoirs se concentrent toujours, dans les faits, au palais.

En 2011, dans le sillage de la vague islamo-conservatrice qui avait suivi les soulèvements populaires dans le monde arabe, les islamistes du Parti de la justice et du développement (PJD) était arrivés en tête du scrutin, avec 27 % des voix. Faute de majorité, pourtant, ils avaient dû former une coalition hétéroclite, qui a volé en éclats deux ans plus tard, avec le départ des nationalistes de l’Istiqlal.

Pas de séparation des pouvoirs

Dans la foulée, la formation du gouvernement Benkiran II avait offert au palais l’occasion de renforcer encore son emprise. Sans surprise, le PJD affiche un bien médiocre bilan. Comment ses options néolibérales auraient-elles pu combler les inégalités béantes qui défigurent la société marocaine ?

Quant à son conservatisme moral, il s’est trouvé sérieusement écorné, ces temps-ci, par les frasques de certains de ses dirigeants impliqués dans des scandales sexuels. Principal concurrent du PJD, le Parti authenticité et modernité (PAM), fondé par un ami et conseiller du roi, Fouad Ali El Himma, partage sur le terrain économique la même feuille de route libérale.

Ce parti de notables, proche des milieux d’affaires, se veut « moderniste ». Simple posture, dénonce Nabila Mounib, secrétaire générale du Parti socialiste unifié (PSU). « Ils sont sortis de nulle part, dans la lignée des partis créés de toutes pièces.

La modernité devrait commencer par la politique, avec l’instauration d’un État de droit, la séparation des pouvoirs, la lutte contre la corruption », insiste cette figure de la Fédération de la gauche démocratique (FGD). La coalition progressiste qui inclut, outre le PSU, le Congrès national ittihadi (CNI) et le Parti de l’avant-garde démocratique et socialiste (Pads), veut incarner une « troisième voie », en écho aux aspirations sociales et démocratique portées, en 2011, par le Mouvement du 20-Février.

Elle espère, à l’issue du scrutin, pouvoir former un groupe parlementaire. Stratégie critiquée par une partie de la gauche, qui craint que ce choix de la participation ne légitime une démocratie de façade. En dépit de la révision constitutionnelle de 2011, « il n’y a pas de séparation des pouvoirs, pas de séparation du politique et du religieux, pas de séparation entre le pouvoir politique et le pouvoir économique, que Mohammed VI détient via sa holding, la Société nationale d’investissement », expose Saïd Sougty, porte-parole en Europe de la Voie démocratique, qui appelle au boycott du scrutin.

Les militants de cette formation, laïques, favorables à l’autodétermination du Sahara occidental, ouvertement critiques vis-à-vis du système monarchique, défient les trois tabous ultimes de la politique marocaine, s’exposant à une répression impitoyable. Interpellations, passages à tabac, procès-verbaux pouvant donner lieu à des poursuites pleuvent sur eux. Il y a quelques jours, en marge d’une distribution de tracts, un dirigeant de la Voie démocratique, Hocine Lahnaoui, a reçu un pavé sur le crâne, assommé par un milicien de mèche avec des agents du ministère de l’Intérieur. « Sans liberté d’expression, ce scrutin ne peut être qu’une farce électorale », tranche Saïd Sougty.

Lui prédit une écrasante victoire… de l’abstention.

 

 

Publié dans Politique

Commenter cet article