Syrie : Hollande enfile la cape de Zoro

Publié le par Laute Alain

Cette photo date un peu car c'était avant

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Hollande dans l’habit

 

du défenseur des droits

 

Jean-Jacques Régibier Mardi, 11 Octobre, 2016 Humanite.fr

Devant les parlementaires des 47 pays membres du Conseil de l’Europe, François Hollande a tenté de se poser en garant de l’état de droit et de la démocratie en temps de menaces terroristes et face au problème des migrants. Il a également assuré que les principes du Conseil de l’Europe inspiraient sa diplomatie en Syrie et en Ukraine.

Dans le temple européen des droits de l’Homme et de l’état de droit, l’exercice était à risque. François Hollande savait qu’il devrait convaincre que les mesures prises par le gouvernement dans le cadre de l’état d’urgence - des mesures contestées sur le plan national par beaucoup d’ONG, d’associations ou d’élus - respectaient bien les principes démocratiques. Mais son discours devant l’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, était aussi à usage franco-français, notamment à destination de l’opinion de gauche : montrer que le défenseur des droits, c’est bien lui. Sa méthode: dramatiser la situation, en faisant comme si rien de sérieux, avant les attentats de 2015-2016, ne s’était réellement produit en France depuis la fin de la seconde guerre mondiale.

« En près de 70 ans », a expliqué le président de la République, « le Conseil de l’Europe a contribué a un espace de paix et de liberté, mais ce mouvement peut s’interrompre, il n’est pas irréversible. » Selon lui, la période est dominée par une double menace : à la fois celle du terrorisme - « la France a été attaquée », a-t-il répété -, et celles des populismes et des souverainismes qui montent un peu partout en Europe, pour exiger, au nom de la lutte contre le terrorisme, qu’on soit moins regardant sur le respect des droits humains

« Les valeurs que vous représentez, commencent à être suspectes », a fait remarquer François Hollande à l’adresse du Conseil de l’Europe, « comme si nous pouvions espérer un état d’exception qui pourrait se substituer à l’état de droit.» « La sécurité, c’est une exigence », a-t-il ajouté, « elle est compatible avec l’état de droit, » répétant qu’il n’était pas question en France d’ouvrir des centres de rétention pour les personnes radicalisées, comme le réclame la droite, ni de mettre en place une Cour d’exception pour les actes terroristes. « Notre droit nous permet d’agir efficacement en gardant nos principes fondamentaux », a-t-il rappelé, ainsi que d’échapper à ce que veulent les terroristes : « nous diviser.»
Pour lui, les mesures prises après les attentats ne devraient pas stigmatiser les musulmans, même si, a-t-il dit, il faut y être très attentif. « La laïcité permet de vivre ensemble et d’assurer la liberté religieuse, » veut-il croire.

François Hollande a voulu également limiter le mauvais effet des mesures qu’il a prises en réponse aux attentats, tout d’abord en rappelant qu’elles avaient toutes été validées par le Conseil Constitutionnel, et qu’elles étaient sous contrôle de la Justice et du Parlement. Il a rappelé que s’il avait effectivement demandé l’application de l’article 15 de la Convention européenne des Droits de l’Homme qui stipule qu’en cas de guerre ou « d’autre danger public menaçant la vie de la nation, » un état peut prendre des mesures qui dérogent aux obligations de la Convention, « l‘état d’urgence n’avait pas vocation a être un état permanent. »

Autre point sensible où les droits humains sont actuellement mis à mal: le sort des réfugiés et des migrants. Renvoyant la balle à l’Europe qui « a tardé à trouver une réponse commune » ( comme si la France avait été à l’avant-garde dans l’accueil des réfugiés ), François Hollande, affirmant que « l’Europe peut se disloquer sur cette question », a voulu rappeler que 30 000 réfugiés seraient accueillis en France « d’ici 2017 ».

Concernant la situation de Calais, là encore, le président de la République a voulu rassurer - notamment à l’intention des associations qui répètent que les conditions ne sont pas réunies pour un démantèlement du camp et de ses 7 000 occupants. « Ce sera une opération humanitaire », a-t-il affirmé, assurant que chaque migrant se verra proposer une place dans un centre, et que « toute personne aura une solution. » Selon lui d’ailleurs, « l’essentiel des migrants qui vivent dans le camp de Calais, relève du droit d’asile. »

Quant aux mineurs isolés qui y séjournent parce qu’ils veulent rejoindre des membres de leur familles qui sont déjà au Royaume-Uni, François Hollande compte sur le gouvernement britannique pour les accueillir.

Très remonté contre le veto russe à la résolution française à l’ONU appelant à l’arrêt des bombardements sur Alep, François Hollande a néanmoins voulu rester prudent pour la suite, même si pour lui, « la France a, avec la Russie, un désaccord majeur sur la Syrie.»

Il s’est dit cependant prêt à rencontrer Vladimir Poutine à tout moment « si nous avons la possibilité d’avancer. » Il préconise qu’il y ait d’abord un arrêt des bombardements pour que puisse parvenir l’aide humanitaire aux habitants de la ville, ceux-ci étant soumis « à une double souffrance : les bombardements et le manque d’aide humanitaire », notamment médicale.

François Hollande avait fait savoir à Vladimir Poutine qu’il « était prêt à poursuivre le dialogue », si le président russe se rendait à Paris à l’occasion de l’inauguration d’un centre spirituel et culturel orthodoxe russe ( mais sans assister lui-même à cette inauguration. ) L’annonce par le Kremlin de l’annulation de cette visite prévue le 19 octobre, a retiré au président français cette épine du pied.

 

 

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