Trop de souffrance à la Poste

Publié le par Laute Alain

Deux agents de la Poste parmi d'autres témoignent de leur souffrance au travailDeux agents de la Poste parmi d'autres témoignent de leur souffrance au travail

Deux agents de la Poste parmi d'autres témoignent de leur souffrance au travail

En souffrance à La Poste

11 octobre 2016 | Par Rachida El Azzouzi Mediapart.

 

Le syndicat Sud-PTT veut briser le mur du silence, établi par la direction de la Poste, et qui entoure la souffrance au travail des postiers. Surcharge de travail, management par la peur, cadences infernales: les familles et les facteurs témoignent.


Pierre découvre la Bourse du travail à Paris, les syndicats et les médias. Il a 25 ans, vient des montagnes du Jura. Pour évoquer la mémoire de son père : Charles Griffond, mort à 53 ans à cause du travail, de La Poste, son employeur depuis 34 ans. Charles s’est pendu au croc de boucher qui lui servait à tuer ses animaux, le 17 juillet dernier. Il a laissé deux lettres, une pour ses proches, l’autre pour le journal local, L’Est républicain, pour qu’il informe le monde de « l’enfer » au sein de ce qui était sa vie, La Poste, une entreprise publique transformée au pas de charge en 2010, « plus préoccupée par le rendement, l’argent que par l’humain », dit son fils.

« Depuis trente-quatre ans, j’ai exercé mon métier avec l’amour de mon travail et de mes clients. Mais, depuis quelques années, la Poste a petit à petit détruit ses employés, les vrais postiers, ceux qui avaient le contact avec les gens. En ce qui me concerne, ils m’ont totalement détruit. Depuis décembre 2015, je suis en arrêt de travail et je souffre intérieurement le martyre. Personne, ni de mes collègues ou de ma hiérarchie, n’a pris de mes nouvelles. Alors bougeons avec la Poste et mourons grâce à la Poste. » C’est le meilleur ami de Charles qui a découvert les lettres, signées « Charles Griffond, facteur à Pontarlier », et le corps sans vie.

Trois fois déjà qu’en un an, Charles tentait le suicide avec des médicaments. Il avait perdu trente kilos, était méconnaissable dans la dépression, lui, si jovial, si fêtard. Facteur « à l’ancienne », apprécié à des kilomètres à la ronde, il assurait sa tournée par tous les temps, se déguisant même, décembre venu, en Père Noël, pour faire rêver les enfants. Mais ces dernières années, à force de restructurations, de pressions commerciales, il s’avouait « à bout ». Ne tenait plus la cadence. « Il avait récupéré 200 boîtes aux lettres supplémentaires alors que sa tournée était déjà l’une des plus dures de Pontarlier, raconte son fils, Pierre, qui ne veut pas lancer sa famille meurtrie dans des démarches judiciaires. Pas le courage. On n’ira pas plus loin que les articles dans la presse. »

La Poste avait bien intégré Charles dans un dispositif de pré-retraite, « mais à 53 ans et avec seulement 34 annuités, c’était le condamner à une vie de misère », estiment ses copains postiers… « Faux », réplique la direction de La Poste : « Charles Griffond avait demandé à bénéficier d’une pré-retraite et il n’aurait pas été lésé car la pénibilité de sa carrière aurait été prise en compte. L’incompréhension nous a saisis quand nous avons appris son suicide. Tout allait mieux pour lui. Il n’avait pas remis les pieds au travail depuis des mois. Il était suivi par le médecin du travail, l’assistante sociale. »

Émeline Broequevielle, jamais syndiquée, découvre elle aussi la Bourse du travail de Paris, les syndicats et les journalistes. Elle a 25 ans et ne marche plus sans béquille, paralysée partiellement de la jambe gauche. « Personne ne sait si je vais récupérer à 100 %. Tout est devenu compliqué, emmener mes deux enfants au parc, faire les courses. Je ne peux plus être seule. Il faut que mon mari soit là. Je prends un cachet à vie pour fluidifier mon sang », raconte la jeune factrice, qui n’a jamais compté les CDD (plus d’une quinzaine depuis 2009, dont deux contrats aidés), les longues heures supplémentaires et les chutes à vélo sous le poids de la sacoche pour boucler des tournées impossibles, dans l’espoir de décrocher le Graal, un CDI, qui n’est jamais venu.

Le 19 février dernier, elle a fait un AVC sur la plateforme de distribution de courrier de Villeneuve-d’Ascq, dans le Nord. Un accident vasculaire cérébral. « Un truc qui t’arrive quand tu es âgée », croyait-elle. Alors qu’elle ne fume pas, ne boit pas d’alcool, mène une vie plutôt saine, elle ne voit qu’une responsable : « La pression dingue au travail sur nous, surtout les précaires. » « À 5 h 49, j’ai envoyé un SMS à mon chef pour lui dire que je ne me sentais pas bien, que j’avais peur de faire un malaise, il m’a mis la pression pour venir travailler. J’ai pris mon poste à 6 h 30 mais cela n’allait pas mieux. J’avais mal à la tête, je sentais mon bras et ma jambe gauche partir. Je suis retournée voir mes chefs. Ils m’ont dit : “Ce que tu ne peux pas faire debout, tu le fais assise.” »

La suite, c’est son collègue Sébastien Carré, syndicaliste Sud, membre du comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT), qui la décrit. « Je faisais du tri en cabine quand en sortant, je suis tombé sur cette fille que je ne connaissais pas, blanche comme un fantôme, avachie. Elle me dit qu’elle voit blanc, noir puis ses propos sont confus. J’alerte les responsables, qui me disent que “je ne suis pas médecin”. Ils finissent par prévenir les secours. Le lendemain, j’apprends qu’elle est en soins intensifs à Lille et qu’elle a fait un AVC. »..."

(Lire la suite sur le site Mediapart).

 

 

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