Que reste-t-il de la belle alliance socialiste ?

Publié le par Laute Alain

Et maintenant on va où monsieur Hamon ?

Et maintenant on va où monsieur Hamon ?

Valls recalé en primaire,

pour Hamon tout reste à faire

Lundi, 30 Janvier, 2017 L'Humanité

Benoît Hamon a largement remporté la primaire socialiste avec 58,65 % des voix.Manuel Valls paie cher l’addition du quinquennat. Mais tout reste à faire pour le candidat, qui appelle Yannick Jadot et Jean Luc Mélenchon à construire une majorité gouvernementale.

À quoi ressemblera « le jour d’après » ? C’est une nouvelle campagne qui commence aujourd’hui, libérée de la candidature de Manuel Valls, nouvelle victime, après Nicolas Sarkozy, du syndrome « sortez les sortants ». Ce matin, la Belle Alliance populaire tient son candidat, avec une nette victoire de Benoît Hamon, largement en tête avec 58,65 % des votes. Le sursaut de mobilisation aura donc conforté « la dynamique Hamon ». Mais, en dépit de cette progression, de 22,8 % par rapport au premier tour, cette primaire est loin d’avoir suscité l’engouement populaire espéré, mobilisant moitié moins de votants que celle de la droite, qui avait rassemblé en novembre 4,38 millions de votants au deuxième tour. Le candidat socialiste rentre donc dans la course avec un lourd handicap de départ, d’autant que toutes les enquêtes d’opinion le donnaient jusqu’à présent perdant dès le premier tour.

Un autre verdict est tombé hier soir : la sanction sans appel d’un quinquennat de trahisons, que Manuel Valls s’est pourtant acharné à défendre encore hier soir. « Ce soir la gauche relève la tête », s’est félicité de son côté le vainqueur de la primaire depuis son QG et devant plusieurs centaines de jeunes supporters.

Mais Benoît Hamon n’aura guère le temps de savourer sa victoire, et une bataille plus difficile encore commence aujourd’hui pour lui. Malgré l’exercice obligé de la « photo de famille » prise hier soir entre les deux finalistes, la tâche sera rude pour rassembler un Parti socialiste plus divisé que jamais, et dont une bonne partie regarde déjà ailleurs. Manuel Valls, comme il s’y était engagé, a donc félicité « chaleureusement » Benoît Hamon, à qui il « appartient de mener à bien la belle mission du rassemblement », a souligné l’ex-premier ministre.

La victoire de Hamon n’est pas une si bonne nouvelle pour Macron

Pourtant dès samedi, une cinquantaine de députés de l’aile droite du PS ont fait savoir qu’ils envisageaient un « droit de retrait » en cas de victoire de Benoît Hamon. « On veut être clairs vis-à-vis de nos électeurs : on a défendu auprès d’eux le Cice, la politique de l’offre, la loi travail… on ne peut pas faire campagne pour le contraire ensuite », explique l’élu de Gironde Gilles Savary. « J’appelle tous les députés et sénateurs à attendre un peu, parce que nous avons une histoire commune. Il ne s’agit pas dès le lendemain de la primaire de partir vers une autre aventure », a cherché à tempérer le président du groupe PS au Sénat, Didier Guillaume, directeur de campagne de Manuel Valls. Alors que l’équipe de campagne de l’ancien premier ministre se montrait très discrète hier soir, de nombreux militants prévenaient déjà qu’ils étaient prêts à rejoindre la campagne d’Emmanuel Macron.

Et les premiers départs ne devraient pas tarder à s’officialiser. Le candidat d’En Marche avait posé un ultimatum aux candidats socialistes, fixant la date limite pour déposer leur candidature à hier… Si beaucoup de ses proches se frottaient les mains d’une défaite de Manuel Valls, en espérant voir affluer l’aile droite des électeurs socialistes, la victoire de Benoît Hamon n’est pas une si bonne nouvelle pour le candidat d’En Marche. Face à celui qui a incarné, en fin de mandat, la critique des orientions libérales du gouvernement, Emmanuel Macron pourrait devenir le candidat du bilan. Un fardeau dont se serait bien passé l’ancien ministre de l’Économie, qui a construit sa campagne sur la rhétorique du changement et l’image de renouvellement.

Mais l’issue de cette primaire aura aussi des conséquences sur la campagne de Jean-Luc Mélenchon, pour qui une victoire de Manuel Valls aurait dégagé le paysage à gauche. « Que pour désigner son candidat le PS ait préféré nos mots à ceux de son propre gouvernement est un fait qui donnera ses fruits le moment venu », a réagi hier le candidat de la France insoumise. Au même moment, depuis son QG et devant une centaine de supporters, Benoît Hamon a proposé à Yannick Jadot (EELV) et Jean Luc Mélenchon (FI) « de construire une majorité gouvernementale cohérente et durable pour le progrès social, démocratique et écologique ».

Le candidat socialiste ne pourra pas invoquer le vote utile

Mais le candidat de la France insoumise avait clairement réaffirmé jeudi, lors de son meeting à Périgueux, qu’il refuserait tout ralliement au candidat socialiste. « Comprenez-moi bien les gens, je n’y ai pas d’inconvénient, (le PS) a le droit de décider quel est son candidat », a-t-il lancé à la fin d’un discours de deux heures. « Et franchement, à qui ils servent ? Pour quoi faire ? Ils nous ont assez dit que contre la droite et l’extrême droite, il fallait se rassembler, eh bien, venez-vous rassembler, pas de problème ! » a invité Jean Luc Mélenchon.

En effet, l’argument d’autorité du « vote utile » contre la droite et l’extrême droite pourrait revenir comme un boomerang au visage de Benoît Hamon, si une majorité de sondages continuent de le placer derrière le candidat de la France insoumise. « Actuellement, le PS est en troisième position. Dans ces conditions, sans projet et sans avantage électoral, à quoi bon un candidat du PS ? » interrogeait Jean-Luc Mélenchon la semaine dernière. Dans le week-end, plusieurs pétitions appelant à un « accord de gouvernement Hamon-Mélenchon » ont tourné sur les réseaux sociaux et déjà recueilli des milliers de signatures. « Le rassemblement est nécessaire, nous sommes devant une responsabilité historique de la gauche face à une droite en embuscade et un FN qui rêve d’entrer à l’Élysée, a lancé hier soir le député Christian Paul. Nous dialoguerons avec toute cette gauche qui ne veut pas que les politiques libérales se réinstallent en mai. ».

Dans la soirée, un sondage Sofres sur les intentions de vote à la présidentielle donnait encore la candidate d’extrême droite en tête avec 25 %, devant Fillon (22), Macron (21), Hamon (15) et Mélenchon (10).

Une enquête qui confirmerait une dynamique (éphémère ?) en faveur de Benoît Hamon, mais surtout un rapport de force encore très défavorable à la gauche. « Au cours des derniers mois, le PCF et son secrétaire national n’ont cessé de proposer des dialogues et des passerelles pour faire converger le plus de forces possibles vers des solutions et un rassemblement de gauche face à la droite et au FN », a rappelé hier soir Olivier Dartigolles, le porte-parole du PCF, annonçant qu’il prendrait dès demain de nouvelles initiatives en ce sens.

 

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