Trump investi, le monde est en danger

Publié le par Laute Alain

La démocratie Etasunienne est parfois surprenante

La démocratie Etasunienne est parfois surprenante

États-Unis. Un « festival des résistances » en guise d’accueil de Trump

 

Bruno Odent Jeudi, 19 Janvier, 2017 L'Humanité

Des centaines de milliers de progressistes se sont donné rendez-vous vendredi dans les rues de Washington pour faire part de leur détermination à contrer le national-libéralisme du futur président des Etats-Unis.

Des centaines de milliers de personnes sont attendues dans les rues de Washington à l’occasion de l’investiture de Donald Trump. Les signaux d’alerte pour la démocratie, la paix, les libertés, les droits civils et sociaux clignotent à tous les étages de la société avec l’entrée à la Maison-Blanche du tribun de la droite extrême états-unienne. Difficile d’imaginer un contexte où la responsabilité des progressistes du pays et du monde et leur capacité à résister « soient moins nécessaires », relève le cinéaste Michael Moore, qui participera à l’une des marches prévues dans le centre de la capitale fédérale. Un record historique, celui de l’ampleur des mouvements de protestation qui avaient accompagné, on s’en souvient, l’arrivée aux affaires de George W. Bush après d’âpres contestations électorales début 2001, devrait être largement pulvérisé.

La diversité des manifestants reflète la profondeur des inquiétudes que fait surgir le milliardaire nationaliste. Avec ses affichages « probusiness », ses promesses de cadeaux fiscaux aux entreprises, ses rodomontades de « tueur de coûts » dans les dépenses publiques et sociales, sa volonté d’agrandir le format de l’armée en même temps qu’il multiplie les provocations à l’égard de la Chine ou encore ses postures de climatosceptique ostensible en faveur des énergies carbonées.

Signe de la gravité du moment autant que des intenses polarisations que suscite le programme de Donald Trump à son entrée à la Maison-Blanche, la capitale fédérale attend ces vendredi et samedi « jusqu’à un million de visiteurs », estime le Washington Post. Des dizaines de milliers de progressistes. Mais aussi des partisans du milliardaire de l’immobilier. Des membres du Tea Party, d’associations anti-avortement, anti-mariage gay, et autres pro-guns, des « bikers » blancs costauds sur de grosses bécanes entendent, eux, célébrer leur champion et surtout ne pas laisser totalement la rue aux « protestataires ».

La régression désirée menace le vivre-ensemble des citoyens des États-Unis et au-delà celui des peuples de la planète. Bernie Sanders, le candidat progressiste de la primaire démocrate battu d’un cheveu par Hillary Clinton, s’est mis parmi les premiers en position résistance (lire aussi page 6). « Donald Trump est minoritaire dans le pays », fait-il remarquer. Le chef de file de l’ultradroite ne doit son élection qu’au mode de scrutin indirect où la majorité dépend des résultats État par État, alors qu’il s’est fait distancer de la bagatelle de 2 millions de voix dans le vote populaire sur l’ensemble du territoire.

Si l’équation ne semble guère impressionner le nouveau président, elle constitue, de fait, un formidable encouragement pour tous les citoyens désireux d’empêcher que leur pays ne verse dans le national-libéralisme. Les participants au « festival des résistances » qui doit battre son plein dès ce vendredi matin sur Colombus Circle dans la capitale fédérale, lancent qu’ils veulent « désarmer le désespoir et la peur par l’espoir et la résistance ».

Stopper le racisme et le suprémacisme blanc

Les mesures xénophobes, comme les menaces d’expulsion des sans-papiers latino-américains, restent en haut de l’ordre du jour du nouveau président. Donald Trump a fixé à 2 millions le nombre de travailleurs immigrés illégaux qu’il veut renvoyer vers leur pays d’origine dans les mois qui suivront son investiture et il a réitéré sa promesse de construire un mur le long de la frontière mexicaine. C’est dire s’il « va falloir agir vite », souligne la très vaste coalition d’organisations regroupées sous le label Answer (Act Now to Stop War and End Racism, Agir maintenant pour stopper la guerre et en terminer avec le racisme).

Plus la nouvelle administration sera en difficulté pour tenir des engagements clés avec lesquels elle a fait feu de tout bois démagogique – «je serai le plus grand créateur d’emplois que Dieu n’ai jamais créé », a ainsi proclamé Trump, avec le sens de l’humilité chrétienne qui le caractérise – et plus grande sera sa tentation de livrer les migrants, les étrangers, les Noirs en boucs émissaires à ces cohortes d’électeurs des classes populaires ou « moyennes », précarisés, déclassés ou craignant de le devenir.

Malcolm Suber, du mouvement Black Lives Matter (les vies des Noirs sont importantes) à la Nouvelle-Orléans, craint l’émergence d’un regain de ségrégation. L’organisation s’est soudée au cours de ces trois dernières années, face à cette épidémie d’assassinats d’Africains-Américains par des policiers. Sans doute la tache la plus symbolique et la plus tragique sur le bilan du président Obama. « Le bras de fer pour que justice soit faite est plus crucial que jamais mais il promet de sacrément s’intensifier », relève Malcolm, qui dit « la très grosse inquiétude » que lui inspire la promotion de Steve Bannon, le penseur de la doctrine national-libérale de Trump, en chef stratège de la Maison-Blanche.

L’homme qui dirigea l’agence de communication d’extrême droite Breitbart ne fait pas mystère de ses accointances avec ce qu’il a désigné lui-même comme l’alternative de droite (Alt right). Cette mosaïque d’organisations, très influencées par le suprémacisme blanc, toujours si vivace dans les États du Sud, considère quasiment Trump comme l’un des leurs.

Très grosse inquiétude également parmi les militants écologistes. « Trump et son équipe de climatosceptiques sont des menaces pour la planète », souligne George Wilson, d’Earth Friends (les Amis de la Terre), qui dénonce des politiques ouvertement « probusiness, pro-pétrole, pro-charbon », extrêmement dangereuses pour « l’avenir de la planète et donc de l’humanité ».

Déjouer les attaques antisociales

Le gouvernement Trump, qui contient une proportion jamais atteinte de milliardaires et de poids lourds de Wall Street – pas moins d’une dizaine de ministres – est déterminé à passer à l’offensive pour tailler dans la fiscalité des entreprises et le « coût du travail ». Le choc, avec un mouvement comme Show me 15 » (montre-moi 15 dollars) qui sera, lui aussi, très mobilisé dans les cérémonies de contre-investiture » de Trump, promet d’être terrible. Show me 15 milite depuis plusieurs années pour une augmentation du Smic à 15 dollars de l’heure. Non sans avoir enregistré quelques succès retentissants en Californie ou à Seattle. Or l’homme que le nouveau président vient de nommer ministre du Travail est un véritable social killer, un guerrier de la lutte des classes. Andrew Puzder, patron de la chaîne de fast-foods CKE, se présente en ennemi absolu de l’augmentation du Smic au-delà de 9 dollars. Il défraye régulièrement la chronique en maniant le chantage contre ses salariés, leurs syndicats ou (et)… Show me 15 en les menaçant de robotiser massivement ses restaurants s’ils continuent d’avoir le mauvais goût d’exiger d’être rémunérés de façon décente.

Des milliers de syndicalistes ont signé des engagements à « lutter pied à pied » contre les offensives antisociales annoncées de ce type. Bon nombre d’entre eux se sont donné rendez-vous à ce qu’ils ont baptisé la « fête des résistances ». Ils ont, à l’instar de Bernie Sanders, fait de la lutte pour défendre les avancées de l’obamacare (l’assurance-maladie réformée) « une priorité », le nouveau président ayant réaffirmé sa volonté de le détruire purement et simplement. La réforme répond à un besoin qui reste crucial. Et elle a, malgré ses limites et sa soumission récurrente aux financiers de Wall Street, permis à près de 20 millions de citoyens sans assurance d’acquérir une couverture maladie minimale.

Une marche géante des femmes aura lieu samedi

Les femmes sont à l’origine de ce qui constituera sans doute la plus imposante des manifestations de résistance à Donald Trump. Leur « marche », programmée ce samedi 21 janvier s’annonce géante. Au moins 200 000 personnes devraient y participer, selon la presse états-unienne. Une anonyme, Teresa Shook, avocate de son état, indignée par les propos sexistes du nouveau président et inquiète des menaces que fait peser une extrême droite au pouvoir sur le droit à l’avortement, a lancé sur les réseaux sociaux un appel à « se rassembler massivement dans les rues de Washington ». À son grand étonnement l’initiative a fait rapidement boule de neige. Des dizaines d’organisations progressistes s’y sont jointes. On y trouve bien sûr des féministes, mais aussi des défenseurs des droits civiques, des associations de migrants, de militants LGBT (lesbiennes gays, bi et transsexuels) résolus à défendre leurs libertés et les avancées du mariage pour tous. Une diversité qui réjouit les organisatrices de la marche. « Nous sommes, soulignent-elles, un mouvement impulsé par les femmes rassemblant des personnes de tous les sexes, âges, races, cultures et étiquettes politiques » Au nom de « l’humanité partagée ».

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 « Quatre ou cinq décrets » signés par Trump dès vendredi

Selon Sean Spicer, le porte-parole du président élu, Donald Trump pourrait signer « de l’ordre de quatre ou cinq décrets », dès vendredi, jour de son investiture. « Je m’attends à le voir signer sur un ou deux sujets qui se trouvent en tête de ses priorités », a ajouté le porte-parole. Donald Trump avait promis de revenir sur plusieurs décisions de Barack Obama dès son premier jour à la Maison-Blanche.

Pour le reste, le programme de vendredi est connu. Comme ses prédécesseurs, il prêtera serment sur les marches du Capitole, le siège du Congrès. Ensuite, il défilera le long de la Pennsylvania Avenue, qui mène à la Maison-Blanche. Huit cent mille personnes sont attendues, loin des 1,8 million de personnes qui étaient venues pour célébrer l’investiture de Barack Obama en 2009.


 

Publié dans Politique

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