Réactions aux States contre Trump

Publié le par Laute Alain

Les anti-Trump s’organisent contre le décret sur l’immigration

 

Alexis Buisson (à New York), le 30/01/2017 La Croix

Manifestations, poursuites judiciaires, mobilisation politique… La récente décision de Donald Trump d’interdire immédiatement aux ressortissants de certains pays d’entrer sur le sol américain vivifie ses opposants.

Aux États-Unis, les anti-Trump ont de nouveaux héros : les avocats de l’American Civil Liberties Union (ACLU). Fondée il y a près d’un siècle, composée essentiellement de bénévoles lançant des procédures lorsqu’ils estiment que des libertés sont menacées ou que des individus sont discriminés, la puissante association de défense des libertés est montée au front samedi 28 janvier. Cette fois, il s’agissait de contrer le décret du président américain Donald Trump, signé la veille, qui suspend pour une durée de 90 jours l’entrée sur le territoire américain des ressortissants de sept pays à dominante musulmane (1), mais aussi pour une durée de 120 jours la venue de réfugiés du monde entier.

L’ACLU, ainsi que d’autres organisations de défense des immigrés et des réfugiés aux États-Unis, ont saisi plusieurs juges fédéraux à travers le pays pour remettre en cause ce décret, qui plaide aussi pour que la priorité dans l’octroi de l’asile politique soit établie en fonction de la religion du demandeur. Certaines parties du texte ont ainsi été suspendues à la suite des jugements qui en ont découlé, samedi 28 et dimanche 29 janvier, et des dizaines de personnes bloquées en zone aéroportuaire ont finalement pu passer la frontière.>

La décision la plus commentée est venue de New York, où un juge a imposé un sursis d’urgence au niveau national interdisant aux autorités d’expulser ou de maintenir en détention des individus en situation régulière. « Ce genre de décisions donne un coup de pouce aux opposants à Donald Trump. En plus de manifester en descendant dans la rue, ils savent qu’ils peuvent compter sur la justice quand il le faut », estime Kerry Doyle, avocate spécialisée sur les questions d’immigration. Avec l’ACLU, elle a saisi samedi un juge fédéral de Boston, après avoir appris la mise en détention de plusieurs individus à l’intérieur de l’aéroport de la capitale du Massachusetts.

Pas le premier décret du genre

Les décrets et lois sur les migrants ciblant certaines nationalités sont rares aux États-Unis, mais pas inexistants. Dès 1882, sur fond de racisme anti-asiatique, le Congrès votait des lois interdisant l’immigration sur le territoire américain de travailleurs chinois, puis celle des ressortissants d’autres pays d’Asie.

En 1944, Franklin Roosevelt signait lui aussi un décret ordonnant l’évacuation des Japonais américains de la Côte ouest des États-Unis et leur placement dans des camps d’internement. Mais c’était en pleine guerre et trois ans après Pearl Harbour. Cent vingt mille personnes étaient alors concernées.

Toutefois, Donald Trump prend sa mesure dans un pays qui n’a jamais été aussi mixte. 41,3 millions d’Américains sont en effet nés hors des États-Unis, soit 13,1 % de la population, selon l’institut Pew. C’est quatre fois plus qu’en 1960.

Plusieurs recours en justice engagés contre le texte

Même si les jugements prononcés les 28 et 29 janvier n’ont pas annulé la totalité du décret, ils ont représenté une victoire pour les populations visées et leurs défenseurs, notamment l’ACLU. Depuis sa création, celle-ci s’est impliquée dans des dossiers aussi divers que la défense de la liberté d’expression des opposants à la guerre du Vietnam, la ségrégation raciale et les droits des homosexuels.

Désormais perçue comme l’un des remparts existants contre les politiques à venir du nouveau président, elle a reçu depuis les épisodes du samedi 28 janvier pas moins de 10 millions de dollars de donations, ainsi que plusieurs promesses de soutien financier émanant d’entreprises et de célébrités américaines.

Lundi 30 janvier, la situation devait encore évoluer sur ce front récemment ouvert. Les sénateurs démocrates de Californie avaient l’intention de déposer une proposition de loi afin de revenir sur le décret, et plusieurs recours en justice devaient être déposés, de New York à la Californie, en vue de le faire annuler. « Ce texte pose de graves problèmes en matière de constitutionnalité, comme le fait de donner la priorité à certains réfugiés en fonction de leur religion, souligne Jacki Esposito, elle aussi avocate spécialiste de ces questions, impliquée dans la mobilisation new-yorkaise. Il nous faut rester vigilants, et nous assurer que d’autres personnes ne sont pas placées en détention alors qu’elles pensaient simplement rentrer chez elles. »

 

Publié dans Politique

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