Trump et le décret anti-immigration

Publié le par Laute Alain

Décret anti-immigration. En France aussi, des retours et des inquiétudes

 

Marie Barbier Mardi, 31 Janvier, 2017 L'Humanité

Quinze personnes ont été renvoyées par Air France dans leur pays d’embarquement. Les juristes s’alarment du sort des binationaux.

En France comme ailleurs, le flou entourait hier la mise en place du décret Trump interdisant l’entrée des États-Unis aux réfugiés et ressortissants de sept pays. Dimanche, la compagnie Air France avait déjà refusé d’embarquer une quinzaine de personnes, précisant qu’elle avait « pris les dispositions nécessaires pour réacheminer ces personnes à leur point d’origine ». Très critiquée, la compagnie a expliqué qu’elle n’était « pas autorisée à embarquer, en connaissance de cause, des passagers pour une destination dont l’accès leur est interdit ». Hier, en fin d’après-midi, l’Anafé, association d’aide aux étrangers, confirmait qu’il n’y avait personne de concerné par le décret Trump en zone d’attente à Roissy. Dans un communiqué, l’association ne s’est pas privée de rappeler qu’à l’instar du décret transatlantique, « la France fait partie des nombreux États qui mettent en place des mesures visant à empêcher les personnes de quitter et ou d’arriver en France et sur le territoire européen ». Histoire de rappeler à leurs tristes politiques migratoires les autorités françaises, qui ont réagi au minimum au décret Trump. Samedi soir, François Hollande a mis en garde, lors d’un entretien téléphonique, son homologue américain contre « le repli sur soi » et l’a appelé au « respect » du principe de « l’accueil des réfugiés », fondement de « nos démocraties ». Plus tôt dans la journée, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, avait twitté : « L’accueil des réfugiés est un devoir de solidarité. Le terrorisme n’a pas de nationalité, la discrimination n’est pas une réponse. »

« Comme l’a fait le Canada, la France aurait pu dire qu’elle accueillait les personnes touchées par cet “executive order” (décret présidentiel), dénonce Flor Tercero, présidente de l’Association des avocats pour la défense des droits des étrangers (Adde), qui s’est très rapidement dite prête à aider les victimes du décret Trump. Pour l’instant, les personnes concernées sont renvoyées vers leur pays d’embarquement, mais il y a toujours un risque que ces personnes se retrouvent en danger. »

La mesure s’applique aux ressortissants de sept pays : Irak, Iran, Libye, Somalie, Soudan, Syrie et Yémen

Hier, le flou entourait surtout le sort des binationaux français, également concernés par ce décret puisque la mesure s’applique aux ressortissants des sept pays visés (Irak, Iran, Libye, Somalie, Soudan, Syrie et Yémen), même lorsqu’ils ont une autre nationalité. La Grande-Bretagne et le Canada ont obtenu, dimanche, des autorités américaines, une exemption pour leurs citoyens qui possèdent également la nationalité d’un des sept pays (lire ci-contre). « Je ne comprends pas qu’il n’y ait pas de prise position plus forte des autorités françaises pour défendre leurs ressortissants, regrette le juriste Serge Slama. Beaucoup de personnes originaires de ces pays sont aujourd’hui naturalisées en France, donc ça doit concerner beaucoup de monde. » La Commission européenne a justement déclaré hier qu’elle allait s’assurer, avec l’aide de ses avocats, qu’aucun de ses citoyens ne subit de discrimination.

 

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