Trump l'anti-social nomme son juge anti-avortement, ça craint !

Publié le par Laute Alain

États-unis. Un juge pour bétonner

le pouvoir de Trump

Bruno Odent Jeudi, 2 Février, 2017 L'Humanité

La nomination d’un ultraconservateur à la Cour suprême doit verrouiller les positions de la puissante instance et conforter les marges de manœuvre du président nationaliste.

Donald Trump a nommé le juge ultraconservateur Neil Gorsuch au 9e siège vacant de la Cour suprême des États-Unis. Disposant déjà d’une majorité républicaine au Congrès et parmi les gouverneurs des États, le nouveau président entend ainsi bétonner son pouvoir. Gorsuch remplace le juge Scalia, décédé il y a un an, au sein de l’instance composée de neuf juges à vie. Sa nomination fait nettement pencher la Cour du côté des forces les plus rétrogrades. Neil Gorsuch affiche en effet ouvertement des positions anti-avortement, en faveur des armes à feu et de la peine de mort. Le nouveau juge, qui était jusque-là magistrat à la cour d’appel fédérale de Denver, sera, de loin, le plus jeune de la cour (49 ans) et sans doute aussi le plus réactionnaire. Il a reçu un appui ostentatoire de la Federalist Society ou de la Heritage Foundation, des associations ultra qui manœuvrent, depuis des années, pour une évolution très conservatrice de la doctrine juridique.

Une pièce majeure contre le droit à l’avortement

Mettre la Cour suprême de son côté est crucial pour le potentat entré à la Maison-Blanche, tant celle-ci est un des lieux clés du pouvoir aux États-Unis. S’appuyant sur l’article III de la Constitution, la Cour est dotée de capacités d’intervention sans commune mesure avec celles d’autres instances présentées abusivement parfois comme équivalentes. Tel le Conseil constitutionnel français, dont les prérogatives sont pourtant notoirement plus limitées. La Cour états-unienne peut s’arroger un droit d’immixtion sur des projets fondamentaux du gouvernement et elle peut agir sur toutes les lois adoptées et les traités conclus par le pays. En 2012, elle s’était ainsi invitée dans le débat public en menaçant de recaler l’Obamacare, la réforme du système de santé de l’ex-président Obama, si celle-ci n’était pas suffisamment amendée et en l’occurrence vidée d’une partie de sa finalité et de sa substance.

Neil Gorsuch paraît constituer un point d’appui à toute épreuve pour la mise en œuvre du projet national-libéral de Donald Trump. Issu d’une famille très fortunée, ex-avocat d’affaires, Gorsuch est passé par le ministère de la Justice sous la présidence de George W. Bush et sa maman a servi dans l’administration de Ronald Reagan. Il pourrait constituer une pièce majeure dans le jeu du nouveau pouvoir pour livrer bataille contre le droit à l’avortement instauré, ironie du sort, en 1973, par un arrêt Roe v. Wade de… la Cour suprême, qui affichait alors un profil beaucoup plus progressiste. Gorsuch ne fait pas mystère de ses convictions sur le sujet. N’a-t-il pas été jusqu’à pousser le raffinement rétrograde, en tant qu’avocat, en soutenant des compagnies qui refusaient de fournir une couverture santé incluant une contraception à leurs employées.

La nomination du juge-mercenaire de Trump pourrait se heurter à une résistance du Sénat, qui doit confirmer le candidat au poste suprême. Les républicains ne disposent en effet que d’une courte majorité au sein de la chambre haute du Congrès et de nombreux élus démocrates ont annoncé leur détermination à faire obstacle à Gorsuch « au nom du droit des femmes ». Ce qui pourrait à tout le moins retarder son entrée dans l’imposant temple où siège la Cour face au Capitole à Washington.

Contre l’oukase anti-musulman, la fronde continue

Mais une autre fronde sénatoriale, proclamée contre la nomination de plusieurs « tueurs » de l’administration Trump, ne paraît pas franchement inflexible. Si l’on en croit ainsi la confirmation annoncée du nouveau secrétaire d’État par le Sénat. Rex Tillerson, ex-patron d’ExxonMobil, constituait pourtant le prototype même du dirigeant politique en proie à d’insurmontables conflits d’intérêts.

Sur le front de la lutte contre l’oukase anti-musulman du président, la mobilisation continuait de se renforcer hier, deux grands syndicats d’Hollywood venant rejoindre le vaste mouvement de résistance apparu dès les premières expulsions. Le comportement du président nationaliste paraissait cependant, pour l’heure, être accueilli de façon partagée. Ce qui augure une polarisation croissante dans la population. Plusieurs enquêtes relèvent ainsi la satisfaction des partisans du milliardaire et leur envie de faire bloc derrière lui. Les bras de fer s’intensifient ainsi au sein de la société états-unienne autour d’enjeux cruciaux. Ils ne font sans doute que commencer.

 

Publié dans Politique

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article