Hamon de déceptions en regrets, et après ?

Publié le par Laute Alain

Benoît Hamon trouve réconfort à Lille

Politis n° 1447

Dans la capitale des Flandres, le candidat socialiste a chargé Martine Aubry de flinguer Valls et Macron. Pas sûr que cela suffise à remonter la pente...

« À l'heure où noircit la campagne... » La phrase est d'à peu près Victor Hugo et, dans la bouche de Benoît Hamon, elle en dit long sur l'état d'esprit qui régnait, hier soir, à Lille. C'est (donc) dit, le candidat du PS vit des heures sombres. Les sondages qui piquent du nez, les socialistes qui partent au compte-gouttes, le parti qui tergiverse, la campagne qui prend l'eau... Hier matin, c'était le coup de bambou, avec Manuel Valls annonçant qu'il soutiendrait Emmanuel Macron.

Il y a aussi l'autre gros caillou dans la chaussure : Jean-Luc Mélenchon. Le candidat de France Insoumise creuse l'écart dans les sondages, remplit les salles et leurs abords. En direct du Havre, où il rassemblait 5 000 personnes le même soir, le fondateur du Parti de gauche opposait une fin de non-recevoir à l'appel à se rassembler lancé le matin même par Benoît Hamon : « J'ai marché mon chemin, sans ne céder à rien, je ne vais pas commencer aujourd'hui », lançait le sage Mélenchon. Comme pour dire que si Hamon a besoin de Mélenchon, l'inverse en revanche...

À Lille, hier soir, Benoît Hamon avait donc bien besoin d'un petit remontant. Il s'est offert un bain de foule – quelque 5 000 sympathisants, militants socialistes et écologistes, qui avaient fait le déplacement au Palais des sports Saint-Sauveur pour scander des « Hamon, président ! ». Il a fait monter sur scène Damien Carème, le médiatique maire écolo de Grande-Synthe, pour tancer Manuel Valls, « l'incarnation de la déchéance totale, celui qui décrédibilise la politique et pousse les Français dans les bras des extrêmes ».

« Mon cœur auprès de toi »

Le soutien, il l'a surtout trouvé en la personne de Martine Aubry, qui n'a pas fait le « job » à moitié. « Je n'ai pas pu être là pour te soutenir pendant la primaire. J'enrageais, mais mon cœur était auprès de toi », a cabotiné la maire de Lille, promettant loyauté éternelle à son « Benoît », selon elle successeur spirituel de Mauroy et d'Emmanuelli réunis. Puis de louer ses « qualités humaines », son « goût des autres », sa « curiosité sur le monde », son « exigence intellectuelle, sans jamais céder à la pensée dominante »... « Tu n'as pas beaucoup de bienveillance autour de toi, mais nous ici, on en a beaucoup à te donner. » Mazette !

La papesse du « care » n'a par contre pas retenu ses coups contre tous ceux qui plantent des couteaux dans le dos de son champion. Valls au premier chef, qu'elle a fait copieusement huer, comme Macron – « qui se ressemble s'assemble ». À eux la « carrière personnelle », « le pouvoir plutôt que les valeurs », les « renoncements ». À Hamon, la probité socialiste, le canal historique : « On garde le cap, c'est ça que tu fais, aujourd'hui, Benoît. » Et l'ancienne locataire de Solférino de glisser à l'attention d'un Cambadélis très arrangeant avec les socialistes partis rejoindre Macron : « Si j'étais premier secrétaire, je leur aurais dit : on n'est pas socialiste par déclaration, mais parce qu'on défend des valeurs. »

La maire de Lille fait se lever la salle pour l'arrivée de Benoît Hamon. Au premier rang, aux côtés des fidèles aubryistes, la bonne copine Cécile Duflot, flanquée de Marine Tondelier, la jeune écolo qui croise le fer avec le FN à Hénin-Beaumont... « Chère Martine, je t'ai soutenue sincèrement hier, tu me soutiens sincèrement aujourd'hui. Ça me réchauffe le cœur. » En nage sur le podium, Hamon renvoie l'ascenseur, bon garçon. Puis déroule un plaidoyer anti-Le Pen sur ces terres de corons où le FN bat des records. Les bonnes punchlines s'enchaînent : « Pour chaque problème, ils cherchent un coupable, et pas une solution. » « La seule manière de lutter contre le FN, c'est de propulser face à lui un imaginaire puissant. »

Ses derniers mots sont pour Jean-Luc Mélenchon, qui vient de refuser son appel au retrait : « Je regrette, qu'une fois de plus, un certain caractère l'empêche d'être plus utile à la gauche. » Celui qui se dit le mieux placé, non dans les sondages mais pour sa « centralité » dans le jeu politique à gauche, déplore les « prétextes ou les mauvaises excuses pour ne pas se rassembler derrière [sa] candidature ». Valls et consorts sont partis certes, mais un peu tard, sans doute.

 

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