Absence de compassion pour les démunis dans l'Orne

Publié le par Laute Alain

Voici une lettre ouverte que j'avais adressé aux candidats à l'élection législative de la 2ème Circonscription de l'Orne et renvoyée aux deux candidates du second tour, Mesdames Louwagie (LR) et Lerouge (LREM) qui ne m'avaient pas répondu, comme les autres.

Depuis, bien entendu, ni l'une ni l'autre n'ont daigné me répondre. Mais il me semble que les questions posées sont pour le moins des urgences sociales qu'elles prétendaient vouloir traiter.

La sortante réélue, Madame Louwagie, dauphine de J-C Lenoir sénateur LR, porte pourtant une énorme responsabilité dans les résultats sociaux de notre Circonscription et au-delà dans la mesure ou elle vote en harmonie totale avec ses anciens collègues de l'Assemblée Nationale et aujourd'hui avec Macron.

Il reste que ces questions vont s'aggraver encore avec l'héritier du Hollandisme, le Président Macron et ses élus insipides installés sur les bancs de l'Assemblée Nationale pour cinq ans, sauf si nous pouvions les dégager démocratiquement avant. Mais ça c'est une autre histoire.

Voici donc le texte de ma lettre ouverte.

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Législative, Circonscription L'Aigle / Mortagne.

Une absence d'ambition sociale.

Lettre ouverte à l'ensemble des candidats-tes de la circonscription L'Aigle / Mortagne.

Entré en campagne depuis Septembre 2016, j'ai pris le temps de confronter certaines données statistiques avec la réalité de terrain dans la 2e Circonscription. Le constat est assez inquiétant. Il l'est d'autant plus que ce que nous proposent nombre de candidats semble assez éloigné des attentes de la population. Ce qui a retenu le plus mon attention c'est le mal vivre, la pauvreté qui nous entoure. Pour le savoir il faut entrer au cœur des villes et des villages, au cœur des hameaux, là où en dehors des habitants et du Facteur personne n'entre. A la veille de la fin de cette campagne j'ai souhaité interpeller les candidats sur ce qui m'est apparu comme prioritaire.

Une économie atone.

Comment ne pas établir un lien direct entre la pauvreté qui frappe des milliers de nos compatriotes dans l'Orne et l'environnement économique de la Normandie et l'ex Basse-Normandie.

La Normandie fait partie des trois Régions les plus frappées par le repli des effectifs du secteur marchand. En Normandie, on recense 2850 défaillances d'entreprises en 2015. Dans l'Orne ces défaillances ont augmenté de + 5,2 %, alors qu'au plan Régional, elle augmente de 1,1%. Le taux de chômage atteint 9,6% et tous secteurs confondus, les créations d'entreprises ont diminué de 10%.

Une démographie en perte constante.

Il en va de même de la question démographique. Dans l'Orne, la population s'infléchit de 0,3 % par an. A noter que c'est dans l'arrondissement de Mortagne que le recul de la population est le plus sensible avec - 0,4% par an. Vimoutiers est désormais en dessous du seuil de 3500 habitants, sa population a diminué de 2% en 5 ans. Dans les 10 communes de 3500 à 10 000 habitants en Normandie la population diminue de 0,8 % par an. L'Aigle affiche – 0,3 % et Mortagne – 0,6 %.

Il faut savoir par ailleurs qu'en Normandie c'est l'Orne qui perd le plus d'habitants, 5400 depuis 2010. Les décès ne sont pas compensés par le cumul des naissances avec un très faible apport de populations nouvelles.

Une absence de dynamisme social.

Une population délaissée contrairement aux apparences. Si l'Orne affiche au compteur 22000 logements publics sociaux que se partagent 3 organismes, Orne Habitat, SAGIM et Logis Familial, des milliers de gens vivent mal, se chauffent mal tout en dépensant beaucoup à cause d'un habitat vétuste jusqu'à l'endettement, à l'aggravation de la rupture sociale et de l'isolement.

Les efforts de construction restent très en deçà des besoins réels. Sur 15400 autorisations de constructions en Normandie, la Seine Maritime et l'Eure en consommeront 57 %, tandis que l'Orne n'en construira que 400 c'est-à-dire 2, 6 % du total. Pour ainsi dire, rien.

En 2014, la baisse de construction dans l'Orne a atteint - 34,3 %, non compensé depuis. On est donc encore très loin des besoins des populations fragiles et de l'accueil dynamique de populations nouvelles.

De la pauvreté autour de nous.

La situation de pauvreté mérite une attention particulière dans notre département. Ces situations sont concentrées dans les bassins de vie ruraux et touche particulièrement les personnes âgées. L'INSEE indiquait qu'en 2012, on comptait en Normandie 79000 seniors en état de pauvreté.

Le taux de pauvreté dans l'Orne est de 9,8% en 2015 soit environ 28200 personnes.

Une précarité énergétique alarmante.

Bien que nous constations des efforts pour réduire cette précarité en agissant sur le « bâti » il convient de préciser que ce fléau est dû aussi à d'autres causes dont celles évoquées ci-dessus. Pour stopper cette montée des précarités il convient d'engager des actions fortes avec tous les partenaires, le premier de tous étant l'État. C'est un tout, un ensemble de mesures concomitantes doivent être engagées. Les services de l'État, de la Région, du Département et des Collectivités Territoriales sous la direction de leurs élus-es, portent une responsabilité conjointe dans ce dramatique constat.

En Basse-Normandie se chauffer est un budget insupportable pour 30 % des ménages.

L'Orne fait partie des 10 départements les plus impactés, avec 29 % des ménages ornais en situation de vulnérabilité, soit bien davantage que les 18% du Calvados ou les 17 % de la Manche.

Le vieillissement de la population, les personnes isolées, les faibles revenus, les temps partiels pour les femmes notamment, les CDD, l'ancienneté du logement et sa typologie sont les facteurs aggravants et parfois cumulatifs.

Des revenus trop faibles ou des logements trop grands pour se chauffer suffisamment, des logements mal isolés alourdissent la facture énergétique et exposent particulièrement les ménages ornais.

A cela s'ajoute le fait que les revenus des ornais sont les plus faibles de Basse-Normandie et que 68 % des logements dans l'Orne ont été achevés avant 1975, contre 59 % sur l'ensemble de la Région.

Qui osera soutenir sérieusement que ces situations n'impactent pas directement l'avenir des enfants touchés par la pauvreté, dans les apprentissages à l'école, dans les études, dans les orientations ?

Le malheur semble vouloir s'acharner sur les mêmes, sachez que ce sont 25000 ménages en difficultés à la fois pour se chauffer et se déplacer qui vivent dans l'Orne. L'éloignement des centres urbains concoure aussi à accentuer la pauvreté, l'isolement et affecte la santé des personnes à cause de la désertification de notre territoire, une triple peine pour eux en quelque sorte.

Que proposent les candidats-tes

Ces constats reposent sur les études conduites par « l'INSEE Analyses Basse Normandie ». Mais mon vécu du terrain durant cette campagne électorale 2017 confirme les tendances décrites ci-dessus. La grande dignité des pauvres ne permet pas de déceler leurs difficultés d'un simple regard car la règle des « taiseux » est précisément de se taire, de cacher sa misère jusqu'à ce ne soit plus supportable. Parfois ils osent parler et parfois à bout, c'est le renoncement, l'ultime issue par le suicide.

La pauvreté et la précarité ne se traduisent pas que dans les chiffres statistiques, il faut apprendre à écouter, à ressentir, à voir, comme les cabas en fin de marché, ces marchés que j'ai pratiquement tous fait plusieurs fois, dans notre circonscription.

Il faut aussi apprendre à traduire ces situations en terme de rapports sociaux et de citoyenneté. L'abstention, qui n'est pas le seul fait des pauvres ou la perte de repères qui conduit au vote FN et qui ne l'est pas davantage, confèrent de toute façon aux élus-es de Basse-Normandie des responsabilités politiques qu'ils ne semblent pas avoir pris en compte, ni avant, ni pendant la campagne en terme d'engagements.

Qui, parmi tous les prétendants de la 2e Circonscription va œuvrer pour une relance conséquente de l'économie ornaise en lien avec l'accueil de populations nouvelles, du logement social collectif et individuel neuf, les réhabilitations de l'ancien, le pouvoir d'achat des ménages, les solidarités ?

Les élus-es, dont les députés successifs, n'ont pas vraiment améliorer le sort de nos populations. Ce qui est décrit ici le démontre. Mon opinion c'est que continuer avec les mêmes méthodes, la même distance prise avec les populations déshéritées, c'est leur faire courir le risque de voir leurs problèmes s'aggraver et toutes les conséquences qui vont avec.

Je constate dans la plupart des programmes (pas tous) des mesurettes déconnectées des réalités, et surtout aucune ambition sociale au regard des besoins exprimés dans ce texte.

Je sollicite tous les candidats-tes pour répondre à ces questions qui concernent des milliers de nos compatriotes ornais.

Dans cette attente, recevez Mesdames, Messieurs les candidats-tes, mes respectueuses salutations.

 

Alain Laute

 

Publié dans Politique

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