Les plus fragiles paieront

Publié le par Laute Alain

Dessin de KARAK

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Réformes :

Les plus fragiles paieront les cadeaux fiscaux

Par Michel Soudais Politis n° 1462

Réduire les impôts ou baisser les déficits publics ? Confronté à ce dilemme, le gouvernement avait semblé privilégier le respect des « engagements de la France » auprès de Bruxelles. Édouard Philippe, dans son discours de politique générale, le 4 juillet, s’était appuyé sur l’audit de la Cour des comptes, qu’il avait lui-même commandé, pour repousser plusieurs promesses présidentielles de baisse d’impôts, notamment la réforme de l’impôt sur la fortune (ISF) reportée en 2019, la suppression de la taxe d’habitation (TH) pour 80 % des ménages étant renvoyée, elle, à la fin du quinquennat. Des députés macronistes s’étaient inquiétés, sinon émus, de cette tergiversation par ailleurs fort mal accueillie par les milieux d’affaires. Le Cercle des économistes s’en est fait l’écho en sommant dimanche le gouvernement de « tenir dès à présent les engagements fiscaux du Président Macron », dans un communiqué publié en clôture des « rencontres économiques » d’Aix-en-Provence. Plusieurs participants s’étaient plaints du report de la transformation du CICE en baisse pérenne de charges, de la baisse de la fiscalité du capital à 30 % (flat-tax) et du recentrage de l’ISF sur l’immobilier.

Lundi, Emmanuel Macron a tranché : les premiers effets de la réforme de la TH et de l’ISF doivent se faire sentir dès 2018. Samedi, pour tenter de couper court aux critiques, Édouard Philippe avait annoncé, lors de la convention de La République en marche, une baisse des prélèvements obligatoires « d’environ 7 milliards d’euros » en 2018. Encore ne s’agissait-il que de la reprise des engagements de ses prédécesseurs : hausse du taux du CICE élargi aux associations, baisse de l’impôt sur les sociétés… L’arbitrage présidentiel alourdit la facture d’au moins 6 à 7 milliards, dont 3 ne bénéficieront qu’aux plus fortunés et aux milliardaires. Pour conserver la confiance des milieux d’affaires sur l’application de ses promesses, la facture est lourde. Le gouvernement estimant désormais possible de baisser les dépenses publiques « et en même temps » baisser les impôts, comme l’a affirmé Bruno Le Maire, le ministre de l’Économie, les réductions de dépenses publiques n’en seront que plus importantes. Si d’ici à la fin de l’année 4,5 milliards manquants seront récupérés « sur le seul budget de l’État », pour rester dans les clous des 3 %, en 2018 c’est près de 20 milliards que le gouvernement devra trouver. Une coupe massive dont les plus fragiles feront immanquablement les frais pour financer les cadeaux fiscaux aux plus fortunés et aux entreprises.


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