Notre Groupe FI à l'A.N. un art de vivre

Publié le par Laute Alain

Notre Groupe FI à l'A.N. un art de vivre

De l’art de vivre en groupe parlementaire

Lundi 24 juillet 2017 JLM2017 « l'ère du peuple »

La création de notre groupe parlementaire a été un événement politique parmi les moments fondateurs de la nouvelle période ouverte par l’élection présidentielle de 2017. Nos premiers pas dans l’hémicycle ont été salués par presque tous les observateurs. Beaucoup ont été impressionnés par les nouveaux visages qu’ils découvraient et par l’aisance de leurs premières interventions. En quelques jours est morte la légende fielleuse d’après laquelle j’aurais été toujours un homme seul, parfois entouré de robots sans personnalité. Les plus jeunes de ceux que l’on a pu voir, comme les autres, ont fait preuve d’une personnalité et d’une efficacité dans l’argumentation montrant combien leur préparation vient de loin. La rapidité avec laquelle ils ont été capables de former un ensemble cohérent se partageant les tâches et les tours de rôle dans les prises de parole le confirment.

Le secret est le suivant : ce sont des militants ! Quel que soit leur âge, tous ont une expérience confirmée de l’engagement et de tout ce qui va avec : la capacité à relier des événements à une doctrine et un programme, l’art de prendre la parole pour présenter des synthèses et ainsi de suite. Ces personnes ne sont pas sorties de terre comme des champignons après la pluie juste par la grâce d’une élection. Elles ne militent pas avec moi seulement depuis la dernière élection présidentielle. Et elles non plus ne sont pas seules. Vous ne voyez là qu’une partie des centaines, des milliers de cadres de ce niveau, présents dans nos rangs, qu’ils aient été candidats ou pas aux élections législatives, qu’ils aient franchi ou non la barre du deuxième tour.

Non, toutes ces années passées en dehors des rangs « officiels » n’ont pas été vaines. Non, elles ne se résument pas à l’histoire des batailles dérisoires des courants et sous-courants du Parti socialiste, d’EELV et de tous ces gens dont il suffisait qu’ils vous tournent le dos pour qu’on vous dise « seul ». Eux n’ont rien créé, rien construit et tout détruit autour d’eux. Nous avons construit avec des hauts et des bas, patiemment, une force politique de masse, cohérente, composée de 7 millions d’électeurs et de 500 000 personnes engagées en appui, le tout unifié par un programme et un mouvement fédéré par l’action. Je veux le souligner non seulement pour rendre justice à tous ceux qui ont participé à cette longue marche et ne sont pas dans la lumière de ces jours, mais pour transmettre l’expérience prouvant la possibilité, à condition de patience et de ténacité, d’ouvrir de nouveaux chemins tout en restant fidèle à ses engagements initiaux.

Les premiers pas de notre groupe ont fonctionné comme un parcours enchanté. Tout a semblé se faire naturellement, sans difficultés ni tensions. Naturellement, nous étions tous saisis par la nouveauté de ce que nous avions à faire. Et sous la pression de l’attente dont nous sentions que nous étions entourés. Certes. Mais je me trouvais pratiquement seul à avoir l’expérience d’une vie de groupe politique. Cela ne suffit pourtant pas pour faire face à ce qui nous attendait. L’enjeu essentiel était de parvenir à former un groupe et non une addition d’individus. C’est un objectif très délicat à atteindre. Il repose pour l’essentiel sur la capacité de chacun à le faire sien. Il faut en avoir envie, il faut aussi s’y obliger. Le parcours pouvait paraître d’autant plus périlleux que chacune des 17 personnes présentes dans ce groupe est elle-même une forte personnalité ayant assumé d’innombrables rébellions au fil de son engagement. J’ai considéré que c’était pour l’essentiel la mission qui m’était confiée en même temps que j’étais élu président du groupe.

C’est à cette condition, chacun se sentant à l’aise, que le meilleur de nous peut s’exprimer librement. Les observateurs avaient voulu entretenir l’idée que ce groupe serait sous contrôle permanent, sous l’empire d’une discipline de fer. En effet nous sommes disciplinés à notre façon c’est-à-dire qu’une fois d’accord sur quelque chose, nous chassons en meute. Et quand il y a désaccord ici ou là, personne ne se sent obligé d’en faire une théorie ou une querelle. Vous saurez donc que le plus difficile n’a pas été de désigner à chaque fois les orateurs et les oratrices du groupe mais de tâcher de les aider car ils se sentaient bien seuls au moment d’écrire le texte de leur intervention ou de leurs questions. Le plus pénible n’a pas été de lire des textes écrits par d’autres mais plutôt de devoir improviser chacun le sien. Le plus dur n’a pas été de contrebalancer des jalousies que la gloire médiatique aurait déchaînées mais de ne pas perdre une miette de l’émulation et du perfectionnisme que les premiers succès ont déclenché dans nos rangs.

Pour ma part je vis ces riches heures comme un accomplissement. Je sais que j’ai atteint nombre des objectifs que je m’étais fixés avec la poignée de têtes dures avec qui j’ai fait équipe pour quitter le PS en 2008 et construire la suite. Bien sûr, ce résultat se situe au point de convergence avec d’autres parcours. Mais il fallait qu’ils puissent converger et pour cela qu’une ligne stratégique soit fixée et soit couronnée de succès, sans se perdre dans les querelles de leadership, la tambouille partidaire et les autres miasmes du type « primaire de toute la gauche » pour ne citer que ce piteux épisode.

Notre premier objectif commun était de donner à voir à la fois notre cohérence et la diversité de nos façons d’entrer dans les sujets mis sur la table. Si le fait que le premier débat parlementaire ait porté sur la destruction du code du travail est un symbole pour l’ère Macron, il a été aussi pour nous définir aux yeux de tous. Il ne faudrait pas croire que nous ayons passé notre temps à méditer sur ces aspects stratégiques du combat. Les premiers problèmes étaient extrêmement prosaïques. D’abord nous n’avions ni bureau ni matériel. Les élus venus des régions partageaient leur temps entre la réorganisation concrète de leur vie familiale et celle de leur travail en errant dans les couloirs de l’Assemblée nationale, d’une salle à l’autre au fil des réservations et des disponibilités. Tout devait être mis en place à mesure que les tâches se présentaient. Nommer la secrétaire générale du groupe n’a pas été le plus difficile, ni le plus long. Mais le recrutement des autres collaborateurs du groupe comme ceux de chacun d’entre nous est un processus qui prend du temps par nécessité.

Nous avons donc commencé notre bataille sur le code du travail en crucifiant deux personnes attelées nuits et jours à fabriquer nos dossiers et nos munitions argumentées ! Heureusement que nous avions tous étés sérieusement préparés par l’expérience de l’argumentation dans la bataille contre la loi El Khomri ! Simultanément, il fallait anticiper les débats qui arrivaient pour être présents sur chaque texte. Sans oublier nos commencements dans les commissions dont nous sommes devenus membres et la difficulté de coordonner les résultats de chacun avant l’entrée en séance plénière. Si je devais décrire dans le détail chacun des épisodes, et ajouter ceux, moins connus, des innombrables répartitions auxquelles il faut procéder dans les premiers pas de la formation de la nouvelle Assemblée nationale, je serai le premier à me demander comment nous avons réussi à tout faire en même temps. Et surtout en assurant un maximum de navettes avec nos circonscriptions.

Quand de telles choses se font aussi naturellement et aussi harmonieusement, c’est qu’est à l’œuvre quelque chose de plus grand que chacun d’entre nous, dont cependant nous ressentons la force propulsive et organisatrice. Les soutiens que nous avons immédiatement reçus, les retours du terrain, tout cela nous a galvanisés et concentrés sur les tâches que nous avions à accomplir. Les tâches, l’action, une fois de plus, se sont révélés être les grands fédérateurs qui permettent de surmonter toutes les autres difficultés qui pourrissent la vie des autres groupes lorsqu’ils ne connaissent ni la cohérence programmatique ni celle de la stratégie. Sans doute avons-nous compliqué notre propre travail en organisant des temps de rassemblements politiques dans la rue le 5 juillet puis le 12 contre les ordonnances sur le code du travail. Mais cela était absolument conforme à l’idée que nous nous faisons d’une action partagée entre l’intérieur et extérieur de l’Assemblée. Je dis cela pour ce qui est du groupe parlementaire. Car pour notre mouvement, l’enjeu essentiel, il ne faut jamais l’oublier, est dans la société, dans l’animation de ses mobilisations et dans le soutien à leur apporter.

Bien sûr je ne vais pas prétendre que nous avons trouvé la réponse à toutes les questions d’organisation qui se posaient à nous ni même aux questions de simple fonctionnement qui continuent à surgir à chaque instant. Nous nous définissons pas à pas, tâche après tâche, par la mise en commun de l’expérience et la formulation franche des besoins. Il me semble que ce qui vaut pour le groupe parlementaire, vaut pour la mobilisation ici-là des groupes d’appuis qui prennent en charge des caravanes comme l’été dernier. Cela vaut selon moi comme une leçon générale et de portée constante.

 

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