Frais bancaires en hausse en 2017

Publié le par Laute Alain

Frais bancaires,

la nouvelle machine à cash des banques

Clotilde Mathieu, Mardi, 3 Janvier, 2017,L'Humanité.

Depuis le 1er janvier, plusieurs banques ont augmenté leurs frais bancaires de 13 % en moyenne. Alors qu’elles engrangent toujours de somptueux bénéfices, ces hausses visent à compenser la baisse des marges résultant des faibles taux d’intérêt.

Certains établissements n’ont pas lésiné, quitte à doubler leurs tarifs. C’est le cas de La Banque postale, qui désormais appliquera un tarif de 12 euros par an à ses clients contre 6,20 euros l’an dernier. LCL a, de son côté, décidé d’épargner ses meilleurs clients, les autres payant désormais 2 euros chaque mois, alors que la banque pratiquait jusqu’ici la gratuité. Outre les frais de gestion des comptes, les augmentations concernent également les retraits en dehors des distributeurs de sa banque. Ainsi, pour une personne effectuant cinq retraits par mois, le prix moyen annuel passera de 20,28 euros à 21,20 euros, soit 4,5 % d’augmentation. À la Banque populaire, par exemple, les clients s’acquitteront d’un surcoût de 24,60 euros par an lorsqu’ils retireront du liquide dans un autre établissement, soit une hausse de 23 %. Quant à La Banque postale, le nombre de retraits gratuits par mois à un DAB d’une autre banque passera de 4 à 3. Les cartes à débit immédiat verront également leur prix grimper de 3,35 %.

« Les banques empruntent elles-mêmes à des taux quasi nuls auprès de la Banque centrale européenne »

Pour justifier cette nouvelle flambée des frais facturés à leurs clients, les banques ont travaillé leurs arguments. Première cible, la faiblesse des taux d’intérêt qui rogne les marges de la banque de détail. Un argument qui ne tient pas. « Si les taux sont très bas, c’est aussi parce que les banques empruntent elles-mêmes à des taux quasi nuls auprès de la Banque centrale européenne », explique Serge Maître, président de l’Association française des usagers des banques (Afub). En effet, les banques empruntent à un taux de refinancement fixé à 0 % depuis le 10 mars 2016. Si les banques ont besoin de plus d’argent, la Banque centrale européenne (BCE) leur prête à son « taux marginal », à peine plus élevé, de 0,25 %. Le taux moyen des prêts immobiliers accordés par les établissements bancaires français aux particuliers, hors assurance, était de 1,18 % sur 15 ans, 1,40 % sur 20 ans et 1,65 % sur 25 ans. De quoi réaliser quelques bénéfices… D’ailleurs, les derniers résultats publiés l’attestent. À l’image de ceux du Crédit mutuel ou encore de La Banque postale, qui ont respectivement réalisé 1,2 milliard d’euros et 360 millions en un seul semestre. Et ce malgré la baisse de 220 millions d’euros de la banque publique. « Il est clair que la banque doit maintenant gagner de l’argent grâce à ses services plutôt que via les marges d’intérêt, comme c’était le cas avant », expliquait en août dans les Échos le directeur général de la BNP Paribas Fortis, Max Jadot.

Pour les établissements plus diversifiés, comme le groupe Banque populaire Caisse d’épargne (BPCE) ou la BNP Paribas, les marges sont faites ailleurs via leurs activités sur les marchés financiers. Le rapport Liikanen de la Commission européenne estimait que la part des crédits était de seulement 23 % dans l’actif des banques françaises. L’année qui vient de s’achever a été un cru exceptionnel. Wall Street a affiché sa plus belle performance depuis 2013 en réalisant un bond de 13,42 %. Même résultat à Londres, où la Bourse, malgré le Brexit, avait terminé à son record historique en gagnant 14 % sur l’ensemble de l’année. De telle sorte que dans les banques présentes sur le secteur des activités de marché, les résultats étaient en nette croissance. Ainsi, la BNP Paribas qui affichait un résultat de près de 2 milliards d’euros de juillet à septembre, après 2,5 milliards au deuxième trimestre. « La logique des banques consiste toujours à rémunérer le plus possible les actionnaires… pas les salariés, ni les clients », dénonce la secrétaire générale de la CGT banques et assurances, Valérie Lefebvre-Haussmann.

L’explosion des frais de tenue de compte ne s’est pas accompagnée de l’apparition de nouveaux services

Difficile pour les clients de comprendre la logique de ces nouveaux frais. Rien d’étonnant à ce que 92 % des Français considèrent que l’augmentation des frais bancaires en 2017 pour compenser la baisse des marges des banques, liées aux faibles taux d’intérêt, n’est pas justifiée. Pour faire passer la pilule, les établissements bancaires agitent un autre chiffon plus crédible à leurs yeux. Celui d’une amélioration du service. Un argument irrecevable pour UFC-Que choisir. « Le nombre d’agences en France est en constance diminution et c’est une baisse de coût fixe pour ces banques, qui n’en profitent pas pour faire baisser les tarifs des consommateurs », dénonce Matthieu Robin, chargé de mission banque UFC-Que choisir. Selon une étude réalisée par le Comité consultatif du secteur financier, composé à parité de représentants des banques et des organisations de consommateurs, l’explosion des frais de tenue de compte ne s’est pas accompagnée de l’apparition de nouveaux services. Tout juste les auteurs pointent-ils une augmentation des charges liées aux systèmes informatiques, avec la hausse de l’usage des canaux bancaires numériques, sur Web et mobile. Reste que, pour les banques, cette tarification est justifiée par les coûts de sécurisation. Or, selon la syndicaliste Valérie Lefebvre-Haussmann, « il n’y a eu par exemple aucune embauche à effectif constant dans les réseaux bancaires en termes de sécurisation des comptes ».

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Hausse des frais de tenue de compte, comment dire non

Selon la loi, la banque doit vous informer du changement des tarifs. Sitôt informé, vous avez deux mois pour refuser. Pour cela, vous devez envoyer une lettre recommandée, dont le modèle est disponible sur la page Facebook de l’Association française des usagers des banques (l’Afub). L’autre possibilité consiste à changer de banque pour l’une des 18 banques sur 120, dont certaines caisses régionales du Crédit agricole ou le Crédit coopératif, qui pratiquent encore la gratuité de ses services, note l’Observatoire des tarifs bancaires. À partir du 1er février, la mobilité bancaire sera facilitée grâce à la simplification les formalités administratives. Votre ancienne banque devra communiquer la liste de vos créanciers à votre nouvelle banque. Elle disposera de 5 jours ouvrés pour s’exécuter.


 

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